‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 206 sur 241 · LIVIŒ XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVIŒ XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

père et sont frères par conséquent, n'a été affirmé dans toute sa portée et poursuivi jusqu'à ses dernières conséquences que par les stoïciens de cette période. Ils enseignent expressément et répètent sans cesse qu'il faut aimer même ses ennemis, et non-seulement avoir de la patience et de l'indulgence pour ceux qui sont égarés, mais aussi pardonner le mal causé et y répondre par des bienfaits \ La mesure la plus infaillible du progrès, dans la manière de concevoir les rapports de l'individu avec le genre humain, résulte de la comparaison des idées sur l'esclavage ayant cours alors avec celles des philosophes plus anciens. Tandis que Platon ne trouvait rien à redire à ce (c cancer du monde ancien » et n'eut jamais l'idée d'une abolition future ou suppression de l'esclavage , qu'Aristote se chargeait même de prouver la légitimité de la servitude, en la déclarant fondée dans la nature, voyait dans les esclaves « une propriété vivante » et regardait les barbares comme les esclaves nés des Hellènes, Sénèque accentue l'opinion que nous devons considérer les esclaves avant tout comme des hommes, des amis d'une condition inférieure et, puisqu'ils dépendent de la même puissance supérieure que nous, comme des compagnons de servitude*. Or, il n'y a pas à douter que ces doctrines n'aient essentiellement contribué à l'amélioration positive de la condition des esclaves. Les effets de la philosophie du temps se sont étendus bien au-delà de l'époque où elle florissait; ainsi nous avons du troisième siècle le témoi-

' Zeller, III, I, 278 (Séncque), 660 (Musonius), 675 (Êpictète), 683, etc. (Marc-Aurèle).

' Zeller, II, 1, 571 (Platon); II, 2, 537, etc. (Arislote); III, 1, 278 k 80 (Btoïcieos).

gnage mémorable et nullement suspect d'Origène\ d'après lequel, alors que Platon n'était lu que par peu de personnes, tout le monde lisait Épictète.

Une époque qui, spontanément, s'éleva à des idées morales plus hautes et plus pures que nulle des périodes antérieures de l'antiquité, qui non-seulement produisit un Musonius, un Épictète et un Marc-Aurèle, mais dans laquelle ces proclamateurs d'une morale douce et vraiment humaine furent également admirés, et leurs doctrines aussi se répandirent partout, ne peut avoir été l'époque de la plus profonde décadence des mœurs, comme on l'a souvent qualifiée. S'il n'existe, en général, un baromètre exact de la moralité pour aucune période, la mieux connue même, il va sans dire qu'il doit encore bien moins en exister pour des siècles aussi reculés, sur lesquels nous n'avons plus sous les yeux que des rapports isolés, les uns ne concernant que certaines sphères, les autres, trop chargés de couleurs ou ne s'attachant qu'à un côté des choses. Parmi ces derniers se rangent les déclamations, farcies de rhétorique, de PJine TAncien et de Sénèque; dans les premiers figure, d'abord, le tableau des forfaits de la maison impériale, des terribles effets d'un despotisme sans frein, de la cruelle oppression de l'aristocratie par le césarisme, tel que nous le présentent Tacite et les autres historiens du temps; puis, chez les poëtes satiriques et dans Martial, celui de la corruption, de l'obscénité et de l'immoralité dont Rome, comme toutes les grandes capitales, n'était que trop infectée.

La prétention de conclure des données fournies par ces sources à l'état général de la moralité de cet âge, serait

' Contre Celse, Vï, 2.

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