‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 21 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

faire de la poésie pour les dominateurs de la péninsule italique, Virgile et ses contemporains savaient qu'ils en faisaient pour l'humanité, et il y avait, en effet, dans la vue planant sur un horizon de cette immensité, de quoi donner le vertige. On connaît la prophétie d'Horace, a que les peuples les plus lointains apprendraient un jour à le connaître S), de laquelle il n'y a rien à rabattre, n'eùt-elle été, ce qui est possible, mise dans la bouche d'Horace que plus tard, par un poëte interpolateur. Le fait est que cette prophétie s*est réalisée à la lettre, ainsi que celle d'Ovide, prédisant que les plaintes proférées par lui de son exil, sur les rivages arides du Pont-Euxin, franchiraient un jour les terres et les mers, et y retentiraient de manière à être entendues de l'Orient à l'Occident*, Leurs prédiC' tions se sont même, en partie, réalisées déjà de leur vivant; Ovide pouvait se vanter d'être lu dans le monde entier ", Properce, dire* que la gloire de son nom avait pénétré jusque chez les habitants des bords glacés du Borysthène. Il est probable, en effet, que les œuvres des poètes vivants étaient lues partout où des instituteurs romains prenaient pied.

Même en se faisant la plus haute idée du grandiose de l'organisation politique de ce nouvel empire, qui embrassait le monde, de l'immensité de ses ressources et de la puissance conquérante de la langue latine, on est étonné de la rapidité avec laquelle les Romains réussirent à établir, parle lien des relations mutuelles, «l'union entre tant de langues discordantes et barbares ». Il ne s'était guère

• Horace, Odes, II, 20.

2 Ovide, Tristes, IV, 9, 19-24.

» Ibidem, 10, 128

écoulé plus de vingt ans depuis l'entière soumission de la Pannonie, quand Velléjus Paterculus écrivit son histoire, et déjà la connaissance de la langue, et même des lettres latines, s'était répandue sur une foule de points de cette région inculte, âpre et toute barbare, qui embrassait la partie orientale de l'Autriche, avec la Hongrie en particulier. Une partie des provinces plus anciennes de l'Occident appartenaient, déjà du temps d'Auguste, au domaine de la littérature latine. Tite-Live commeuça un de ses livres de date postérieure par une phrase disant qu'il avait déjà acquis assez de gloire, et ne continuait son œuvre que pour donner un aliment à son esprit, tourmenté par le besoin d'activité ; et le rayonnement de cette gloire de l'historien s'étendait, alors déjà, bien au-delà des frontières de l'Italie, puisqu'elle détermina, notoirement, un Espagnol à venir exprès de Gadès à Rome, pour faire la connaissance de Tite Live, et que, ce but atteint, notre voyageur s'en retourna immédiatement chez lui. Dès lors, les provinces se nourrissaient du rebut de la production littéraire de Rome. Horace, disant adieu au second livre de ses Épîtres^ le fait avec l'augure que ce livre, après avoir été, à force de passer de main en main, assez chiffonné par le public romain, aura le sort ou de servir de pâture aux mîtes, oublié dans quelque coin silencieux, ou d'être envoyé en ballot à Utique ou à Herda (Lérida en Espagne) ^ Mais aussi les meilleurs livres, ceux qui rapportaient le plus aux libraires, passaient la mer^.

Si les coryphées de la littérature recueillaient alors, dans

* Horace, Épitres, 1,20, 11-13.

' Le même, Art poétique^ 345.

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