LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME
doDt on ne me réveillera pas \ » Une épitaphe latine porte : « J'ai vécu, sans avoir jamais cru à rien, après la mort ^ » ; une grecque : « Il n'y a au Tartare ni barque ni Garon, ni Éaque, comme portier, ni Cerbère. Nous tous, que la mort y a descendus, ne sommes qu'ossements fragiles et cendres, rien de plus ^ » Une autre dit du défunt qu'après avoir parcouru sa carrière, il n'est plus qu'une tombe, une pierre, une image \ Voici la traduction d'un distique, évidemment très-usité : « Je n'étais pas, mais j'arrivai à Texistence ; je fus, mais n'existe plus; voilà la vérité. Qui parle autrement ment, car je ne serai plus rien ^ » Souvent on ajoute que la mort n'est pas un mal, la conscience se perdant avec la cessation de la vie. Un certain L. Mécius Marcus, qui s'était fait construire, de son vivant, « une maison pour l'éternité » , autrement dit un caveau de famille, pour lui et les siens, dit dans l'inscription, en se considérant comme encore vivant : « Je n'existais pas autrefois, et maintenant j'existe ; il viendra un jour où je ne serai plus, mais cela ne me fait aucun tourment ^ » Sur une pierre tumulaire, on a mis dans la bouche de la dé-* funte, qu'elle couvrait, les paroles suivantes : « Je n'existais pas autrefois et j'ai cessé d'exister; mais je n'en sais plus rien, cela ne me fait donc rien ^ » « La mort, » porte
* Slephani, TU. Gr., V (Ind. schol. Dorpat, 1850) s. XVIII, p. 12. ^ Marini, ïscr. Alb., 117, G.
♦ Stephaui, Bull. hist. et phil. de l'Académie de Saint-Pétersbourg ^ XI, 238.
* Anthol. Gr., XIII, 798, n" 44 ; soit aussi Wclcker, Syll. Epigr., n» 61, p. 93, etc. (95); ou Keil, Syll. Inscr. Bœot., p. 189; ou Slephani, Tit. Gr.f V, 18, dont M. Friedlœnder n'adopte pas, toutefois, l'explication.
• Orclli, 'i811.
^ Ibidem, 4809. —Voir aussi l'apostrophe au lecteur d'une épitaphe T. IV. 29
une autre pierre, « est le dernier remède et le plus efficace'. )) A la négation de la \ie d'outre-tombe se joint, parfois, une exhortation à bien jouir d'une vie aussi passagère, comme dans ce qui suit: « Je n'étais rien, je ne suis plus rien. Vous qui vivez encore, mangez, buvez, amusez-vous, venez donc^ » «.Vous qui lisez ceci, camarade, jouissez de la vie, car après la mort il n'y a plus d'amusement, ni de rire, ni de joie^ » Un monument funèbre trouvé , en 1626 , sous le grand confessionnal de l'église Saint- Pierre , la statue couchée d'un buveur tenant une coupe à la main , excita, par la teneur abominable de l'inscription, un tel dégoût, qu'on se hâta d'effacer celle-ci, dont on conserva seulement une copie. Le défunt, malgré son matérialisme grossier, avait été, comme il paraît, dans sa vie privée, un homme à conduite régulière d'ailleurs. Il s'appelait Flavius Agricola, de Tibur, et s'était fait représenter dans la posture qu'il aimait à prendre, de son vivant, quand il faisait ses libations de vin. 11 avait vécu trente ans en excellents termes avec sa femme, Flavie Primitive. Elle aussi, femme extrêmement honnête, chaste, laborieuse, ainsi que soigneuse de sa réputation et de sa beauté, avait été très-éprise du culte de Bacchus ou, suivant une autte version, de celui d'Isis; Après sa mort, sa fille, x\ula Primitive, l'avait consolé par son amour et reçu dans sa maison. En terminant, il engage les lecteurs, en vers dont
dans Renier, Inscr. de VAlgérlCy 717 : Non fueras : nunc es iterum : nunc desinis esse.
' Muratori, 1597, 3 (Marini, Iscr. Alb., p. 117, 7),
2 c. I. L., II, I434(épitaphe d'un enfant de hmims).— Ibid.f 1877 : Es bibe lude, veni. — tbid., 2262 : Tu qui stas et leges {sic) titulum meumj lude jocare veni.
« Matini, L c., 3.