‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 217 sur 241 · LIVRE Xll. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. — IMMORTALITÉ DE l'aME

durée, il faut que toutes les âmes rentrent dans un corps, comme l'avait déjà admis Platon. Un platonisme encore plus expansif et plus fortement empreint de mysticisme que celui de Plutarque, c'est le platonisme d'Apulée\ pour lequel la grande influence de la croyance aux démons sur l'idée que lui-même avait conçue du monde en général, est surtout très-caractéristique. Ces démons ou génies sont des êtres mitoyens, des intermédiaires entre le monde terrestre et le monde supérieur, et à cette classe d'êtres appartient aussi l'âme humaine, tant durant son séjour sur la terre qu'après sa séparation du corps, bien que les démons venant ainsi s'héberger dans un corps soient d'espèce inférieure. L'autre idée, que les âmes des bons et des justes, conservent, après la mort, une action sur la terre, comme génies tutélaires, tandis que celles des méchants sont condamnées à errer sans répit comme des larves, impuissantes à effrayer les bons, mais funestes aux méchants qu'elles terrifient, se confond entièrement avec les croyances populaires des Romains*

Les idées de Pausanias se rapprochent aussi beaucoup du platonisme. 11 croit, d'après ce qu'il avait pu apprendre^ que l'affirmation de l'immortalité de l'âme s'était d'abord produite chez les Ghaldéens et les peuples de l'Inde, qu'avaient suivis dans cette voie les Grées et surtout Platon. A part sa croyance aux démons, on voit que lui-même ne doutait pas de cette immortalité, par un passage où il dit que le temps est passé où des hommes parvenaient à s'élever au rang des dieux, comme jadis Hercule, Am-phiaratls, ou les Dioscuresj et que le courroux des dieux ne frappe plus, comme autrefois, sur-le-champ le malfai-

^ Zeller, III, 2, 190, etc:

teur, mais attend que l'âme de celui-ci ait quitté la terre'. Si nous sommes indubitablement fondés à admettre que toutes les formes, ici passées en revue, de la croyance positive à l'immortalité de'l'âme, comptaient, parmi les classes instruites du monde romain, dans les premiers siècles de notre ère, un grand nombre d'adhérents et de partisans, dont elles satisfaisaient les désirs, nous n'avons cependant, comme il a déjà été dit plus haut , aucun moyen de déterminer, d'aucune façon, le rapport existant entre ce nombre et celui des incrédules, pour aucune partie de cette période. Mais ce qui est incontestable, comme on voit, c'est que précisément aussi dans les cercles des personnes ayant reçu une éducation philosophique, ou du moins subi l'influence d'une éducation pareille, le doute, l'indifférence, la négation, étaient contre-balancés nonseulement par une croyance ferme, répondant à un profond besoin, mais même par de vives aspirations à une vie plus haute, et rien ne nous autorise à l'affirmation que le nombre des incrédules fût, même dans ces cercles, supérieur à celui des croyants.

Parmi les témoignages de la foi à l'immortalité et de l'espoir d'une vie supérieure de l'âme, se rangent aussi nombre d'images figurées sur des urnes et des autels dépendant de tombeaux, sur des sarcophages et d'autres monuments funèbres, dont ceux qui sont pourvus d'ornements d'une certaine valeur artistique ne devaient avoir été, le plus souvent, qu'à la portée de personnes favorisées * des avantages de la fortune et, par conséquent, en général aussi d'une instruction supérieure. Il est vrai que le langage

1 Pausanias, IV, 32, 4; VIII, 2, 2. — Pfundtner, Idées et croyances de Pausanias, Kœnigsberg, 1868 (en allemand).

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