LIVRE XII. IMMORTALITÉ DE l'aME
de ces images et figures n'est pas toujours intelligible, la production artistique du temps, qui généralement s'appliquait h satisfaire aux besoins nouveaux, en fait d'art, en empruntant au stock immense des œuvres d'ancien ne création encore existantes, ayant souvent aussi, dans ces cas, fait servir des figures anciennes à la représentation de sujets nouveaux. A la catégorie des œuvres d'ancienne création appartient la grande masse des scènes mythologiques, riches en figures, qui ornent les parties du devant des sarcophages. Autant que l'on peut en juger d'après le travail de ces ornements, ceux-ci datent presque tous de la période du deuxième siècle au quatrième et n'ont souvent^ peutêtre même généralement, pas été fournis sur commande, mais exécutés pour l'assortiment offert, dans les magasins, au choix des acheteurs, c'est-à-dire évidemment dans le sens le plus conforme aux demandes de la grande majorité de ceux-ci et aux besoins ordinaires. Si, dans ces ornements, le rapport des mythes représentés avec la mort, l'immortalité et la vie d'outre-tombe est souvent difficile à saisir ou peu clair, et s'il se peut même qu^en effet on n'eût quelquefois pas d'autre but, en adoptant ces ornements, que de flatter l'œil et de remplir de grands espaces vides, avec des images selon le goût de tout le monde, il ne peut y avoir cependant, pour une grande partie des sujets, aucun doute sur le sens dans lequel ils ont été choisis, pour orner ces sarcophages de pierre*. Ici, les figures du mythe servent en quelque sorte de types poétiques, pour symboliser des idées abstraites, et règne également encore la tendance de l'art et de la poésie hellé-
t Voyez, pour ce qui suit» E. Petersen, Sepolcro scoperto stUla via Latina.Ann. d.I.f 1860, p. 348. etc.; 1861, p. 190, etc.
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niques à transfigurer l'existence humaine, en l'élevant aux hautes régions de l'idéal. Les ligures offrant directement une image de la réunion et de la séparation de l'âme et du corps, comme dans la fable de Prométhée, étaient rares. Ordinairement, le passage à une autre \ie et la félicité ou la désolation de cette vie^ postérieure étaient symbolisés, par les destinées des dieux et des héros. On aimait particulièrement choisir , pour l'ornement des sarcophages, l'enlèvement de Proserpine, transportée dans le royaume des ombres, et son retour dans le monde de la lumière, ainsi que la mort d'Adonis, également suivie d'une résurrection. Peut-être l'enlèvement des filles de ' ^ . Leucippe par les Dioscures, avec la faveur qui en résulta pour elles d'être admises au bénéfice d'une vie supérieure, avait-il une signification semblable. Les histoires d'Alceste et d'Admète, de Protésilas et de Laodamie font allusion à l'espoir de revoir ceux dont on a été séparé par la mort, ainsi qu'à l'amour conjugal persistant au-delà de la tombe. Hercule, ce héros qui, à force de lutter, se délivre des infirmités de la condition mortelle et parvient même à triompher des puissances de l'enfer, apparaît, dans ses combats et dans ses travaux, comme un vrai dompteur de la mort. Achille à Scyros, qui préféra une vie courte et belle à une vie de longue durée, mais vide d'exploits, et qui, en récompense de cette option, fut transporté aux champs élysées, doit, à ce qu'il paraît, personnifier la garantie des récompenses qui attendent la vertu, tandis que les histoires d'Actéon, de Marsyas, de Glytemnestre et de la guerre des géants rappelaient peut-être les châtiments réservés au crime. Il est facile de reconnaître l'allusion aux joies des bienheureux dans la représentation, tout particulièrement affectionnée, des réunions joyeuses, des danses et des fêtes