‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 23 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

des passages de cette épopée \ Dans les moments graves de la vie, on ouvrait alors Virgile, comme on ouvre aujourd'hui la Bible, et on considérait comme un oracle de la destinée le passage sur lequel tombait le regard ^ Cette pratique superstitieuse reprit faveur au temps de la Renaissance ^ Dans les cercles littéraires, le 15 octobre, anniversaire de la naissance du poëte, était, paraît-il, fêté par un grand nombre de ses admirateurs *, et les oracles des temples, comme, au troisième siècle encore, ceux de Préneste et de Padoue, répondaient en vers de Virgile \ Aucun autre poëte, nous le rép.étons, n'a jamais atteint à ce degré de popularité, vraiment inouï.

Cependant, Properce et Ovide aussi devinrent vite familiers à des cercles nombreux, ainsi que le montrent les murs des ruines de Pompéji, où, indépendamment de vers de Virgile, en partie visiblement écrits par des écoliers, on en voit aussi des deux poètes précités, et d'autres encore, griffonnés avec le poinçon d'usage, les uns cités textuellement, les autres parodiés, notamment à la basilique^ qui servait de promenade au monde élégailt^

PourTexplication de cette popularité^ rappelons aussi ce

* Pctroiip, Sat.f 39 et 08.

' Marquardt, Manuel^ IV, 112.

^ Burckhardt, Culture de la Renaissance, 528 (en allem.).

* Martial, XII, G7. — Pline le Jeune, Lettres, III, 7. ^ Marquardt, III,

" Zangemeistcr, Inscr. Pompej . parietarix (c. i. g.,IV, ind. 259-261). Outre Virgile, on y voit figurer Properce, Ovide et Lucrèce (1,1); échos de TibuUe, II, 6, 20 (n" 1 837), sur lequel il faut voir aussi Lucien Muller, Tibulle, p. 63, etc.; n" 1069 a (barbarus œre cavo tubicen) est probablement d'un poëte épique inconnu; les n"" 1118 et 1928 ont un caractère éh^iaque. — On trouve aussi dans le Corpus Inscrlptionuvi Latinarum (II, 4967, 31) le commencement de V/'Jnéide (Ualicte tegula? stilo inscr. Littero; saiculi primi, ni fallor^ dit liubner).

que Jacques Grimra a dit à propos de Schiller. Suivant Grimm, la poésie qui plaît à la multitude serait celle qui plane, et pour le style et pour les idées, au sommet de la culture intellectuelle du présent, attendu que la vieille manière du passé vieillit également pour le peuple, désireux de s'élever, lui aussi, à la hauteur des vues dominantes de l'actualité, et de s'y faire initier. La multitude, susceptible d'être impressionnée par une belle poésie, tient précisément à la savourer avec tous ses avantages nouveaux, pour lesquels elle n'hésite pas à renoncer à l'ancien \ Cependant, une propagation aussi générale de la poésie n'eût pas été possible, dans l'âge d'Auguste, sans le concours des influences de l'école. Or, avec ces dernières, concourait encore celle du théâtre, où, comme tout porte à le croire, on chantait souvent des poésies ^ Ajoutons que ces influences étaient fortement secondées par la vive impressionnabilité des hommes du Midi, pour l'euphonie et le rhythme, par le grand plaisir qu'ils prenaient à l'une et à l'autre. En effet, encore aujourd'hui, il se mêle un peu de sensualité, chez les Italiens même bien élevés, aux transports avec lesquels ils jouissent de leur poésie nationale. Or, le sens de l'euphonieet durhythme était plus fin et plus développé encore dans l'antiquité, où la prose aussi avait des exigences pareilles, et les Grecs avaient même ce sens à un plus haut degré que les Romains.

Cependant, le goût de ces derniers pour les phrases d'une belle sonorité, était aussi très-vif, ainsi que le montre, entre autres, le rapport de Philostrate sur les applaudissements qui accueillirent, à Rome, le Phénicien Adrien,

» J. Grimm, Mélanges, I, 391, etc. {Discours sur Schiller.) 2 Voir au livre VI et au chapitre de la Musique, dans les deux volumes précédents de ceUe traduction.

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