‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 231 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME

misérable M La sorcière Ériclitho, qui se rend à son désir, est un monstre dénaturé, fondant sa prétention d'être écoutée par les dieux infernaux sur une multitude de crimes, des plus affreux et des plus monstrueux, commis par elle, et parmi lesquels l'infanticide est expressément désigné ^

La description de la cérémonie d'évocation même ne produit nullement l'effet d'un récit purement imaginaire. Presque tous les détails peuvent y être vérifiés, point par point, d'après les analogies qu'offrent d'autres descriptions semblables. Que l'esprit ne réponde que si on l'interroge et ne parle pas d'initiative% c'est presque de rigueur pour le succès de l'évocation des morts, et le choix, fait par la sorcière, d'un cadavre dont les poumons sont intacts, puisque le mort aurait autrement eu de la peine à parler, ne paraît pas être non plus une invention poétique, mais a plutôt l'air de se rattacher à une doctrine d'exorcistes certainement alors très-goûtée des croyants. On comprend aussi l'allégation des exorcistes qu'il leur serait plus facile de ranimer les corps de personnes mortes depuis peu. L'évocation d'esprits depuis longtemps décédés ne devait, sans doute, bien réussir que sans témoins. Ainsi, le savant alexandrin Apion avait cité l'ombre d'Homère, pour apprendre -de lui dans laquelle des sept villes qui se disputaient l'honneur de l'avoir vu naître, il était né véritablement; par malheur l'ombre ne lui permit pas

' />/iarw/e,VI, 420à434.

* Ibidem^ 700 à 711 ; voir aussi 52^, etc., et 560.

' /ftirfew, 630, elc. — Voir aussi Apulée, ^^tom., II, io; IlélioUure» lithiopU/ues, VI, i4; (^uintilien, Déclam», 10; Anthologie latine, éd, Riese, I, 40f).

de communiquer la réponse qu'elle lui avait faite*, peutêtre par la même raison que l'esprit de Protésilas, dans Philostrate : puisqu'il y aurait à craindre^ après, un relâchement de ferveur dans la vénération des autres villes pour Homère '^ D'ailleurs les magiciens se servaient également des esprits évoqués, ainsi que d'autres démons, pour tourmenter leurs ennemis d'apparitions, leur en-^ voyer des maladies et des douleurs , leur nouer la langue, etc. ^ Cette magie s'exerçait aussi au moyen d'adjurations inscrites sur des tables de plomb, que Ton déposait dans les tombes, et dont il s'est conservé un certain nombre \ C'est une forme de la pratique appelée dévotion, par laquelle on vouait des vivants aux puissances infernales; elle se fondait sur la croyance, aussi ancienne que répandue, à un empire de ces puissances sur la vie, qu'elles aspirent à attirer dans les profondeurs où elles résident elles-mêmes ^

Les esprits des morts relevant d'elles, que l'on qualifiait, pour les apaiser en quelque sorte, de bons ou de propices {t)ei mânes), et que l'on croyait devoir se concilier par des sacrifices ^^ étaient aussi invoqués dans l'ancienne formule de dévotion par laquelle le général romain vouait à la mort

* Lehrs, Qu.ép.y p. 7.

^ Philostrate, Héroïques, éd. K., p. 319, 3. ' Lobeck, Aglaopham., p. 222, etc.

* On trouve un recueil de ces adjurations dans Marquardt {Manuel, IV, 134), et un plus complet dans Wachsmuth {Nouveau mtisée rhénan, 18, 559, etc., A à K.). Pour /., voyez Hehzen, Bull. d. Inst., 1866, p. 252. — Voyez en outre Henzen-Orelli, 7409, et Mommsen, C. I. Z,,

^ Voir aussi C. I. L., II, 2255 (a. C. 19) : Dei Mânes ad gie receperunt AbuUiam.

•^ Marquardt, Manuel, IV, 212, et Preller, Mythologie romaine, 466, etc.

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