LIVRE XU. — IMMORTALITÉ DE l'aME
l'armée ennemie ^ Dans une épitaphe posée par un mari à sa femme défunte, il l'assure de sentiments qui le portent à honorer ses restes avec la crainte que l'on éprouve devant une divinité. « Épargne, » y dit-il, «épargne, ma bien-aimée, je t'en supplie, ton mari, pour qu'il puisse continuer, pendant beaucoup d'années encore, de t'offrir des sacrifices, de t'apporter des couronnes, ainsi que de remplir la lampe sépulcrale d'une huile qui exhale des parfums*. »
Bien que nous ne connaissions, toutefois, le plus souvent que les côtés ténébreux et sinistres de la croyance aux esprits de cette époque, on n'en reconnaît pas moins, également ici, combien était répandue et irrésistible, par sa largeur, la tendance des contemporains à s'absorber dans la pénétration des mystères de la vie d'outre-tombe et du monde des esprits; et tout en admettant une influence attractive irrésistible de l'effroi sur l'imagination, nous sommes portés à croire que celle-ci ne se sera certainement pas fait faute de se créer aussi, pour faire pendant aux tourments et à l'inquiétude perpétuelle des maudits^ une image de la paix et de la félicité pleine de délices des bienheureux de l'autre monde*
Certes, il faut le dire, la consolation que la croyance à l'immortalité de l'âme procurait aux hommes de de temps
' Tilc-Livc, VIII, U.
^ Henzen, dans le Moniteur archc'ologiqile deGethatû^ no 112, p. 201 (eo allemand).
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et à Tantiquité en général, différait beaucoup de celle que l'espoir chrétien d'une félicité éternelle offre aux fidèles. La croyance des anciens à l'immortalité ne manquait pas seulement de la certitude et de l'inébranlable fixité d'une foi basée sur la révélation, et partant aussi du point d'appui ferme que l'imagination trouve dans celle-ci pour se faire un tableau de l'autre vie; elle n'était pas non plus aussi exclusivement dirigée sur l'éternité que la foi chrétienne, mais avait peut-être autant^ sinon bien plus encore, en vue le temporel. D'après la religion nationale des Romains, comme suivant la démonologie platonique, la récompense du bien, la principale dumoins, ne consistait pas, pour les hommes, à être appelés, dans l'intérêt de leur propre félicité, à une existence surnaturelle , qui les dérobe à la terre, mais à conserver un intérêt dans les peines et les joies des générations postérieures, avec le pouvoir de les protéger, de leur venir en aide et de les diriger par des conseils. Gicéron ne pensait guère pouvoir s'expliquer le dévouement qui, dans tous les temps et chez tous les peuples, porte à se sacrifier les meilleurs des hommes autrement qu'ea admettant, en leur faveur, le bénéfice d'une situation qui leur permît de continuer, même après leur mort, à être témoins des conséquences de leurs actes et de la gloire qui leur en revient \ Tout le culte des morts des Grecs et des Romains tendait à l'entretien de communications suivies entre les vivants et les morts. Les demeures des morts n'étaient pas alors des champs de repos situés à l'écart, silencieux et rarement visités, comme nos cimetières ; on les établissait au contraire devant les portes des villes, des deux côtés de la grande route, où passait le courant
1 Gicéron, Tusc, 1, 15, 35.