‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 233 sur 241 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME

principal du commerce entre les vivants, tant pour avertir sans cesse les passants, comme dit Varron (VI, 6), de la destination finale de chacun à ce même repos, que pour la conservation et le renouvellement perpétuel du souvenir des défunts non-seulement dans la mémoire de leurs proches et descendants, mais dans celle de tous les survivants et de la postérité en général. « Titus Lollius Masculus, » porte une épitaphe romaine, « gît ici sur le bord du chemin, pour que les passants puissent dire : Salut à Titus LoUius ^ » Assez souvent aussi, l'inscription invite les voyageurs à honorer le mort d'une pareille satlutation posthume et les bénit pour cette attention, ou même elle met dans la' bouche du mort une réponse à leur adresse, de sorte que le passant pouvait lire, sur la pierre tumulaire, une espèce de dialogue entre lui-même et le défunte Comme c'était une croyance très-répandue que les morts devaient toujours trouver du plaisir à ces marques d'intérêt de la part de tous les vivants indistinctement, il ne paraissait pas moins naturel que les sacrifices, offrandes et festins auprès de leurs tombes, la parure de fleurs dont brillaient les monuments funèbres « aux jours des roses et des violettes », la lumière de la lampe funèbre fraîchement remplie et le parfum de l'huile odorante qu'on y brûlait, leur fussent également agréables, ne fût-ce que comme preuves du bon souvenir que leur gardait la postérité. Ainsi toutes ces offrandes avaient lieu dans la sup-

» Orelli, 4737 (Aqu8B Sextiœ).

* Ainsi, par exemple, Orelli, 4743, etc., et Bull. d. i., 1864, p. 155 : •< Ilave Victor Fabiane. Di vos bene faciant ainici , et vos viatores habeatis deos propitios, qni Victorein Publicum Fabianum a censibus /'. K. non pr»;teriti8. Salvi eatis, salvi redeatis. Et vos qui me coronatis vel ttores jactatis, multis annis faciatis. >>

position d'un désir des défunts de continuer, en quelque sorte, à vivre' avec les générations postérieures. Il rentre dans le même ordre d'idées que, sur les monuments tumulaires grecs, on s'appliquait de préférence à représenter des scènes de la vie passée du défunt, à stéréotyper pour ainsi dire la continuité de son existence. Le célèbre Goethe, qui avait le sentiment de l'esprit des anciens, fut très-doucement impressionné à l'aspect direct de ces figures d'une simplicité touchante et faites pour nous intéresser au plus haut point. Ce qui lui plaisait surtout^ c'est que les hommes représentés sur ces pierres tumulaires n'ont pas les mains jointes, ni le regard tourné vers le ciel, mais se tiennent réunis , comme ils avaient l'habitude de- se rechercher quand ils s'aimaient sur la terre: « Le vent, » ajoute-t-il, a dont le souffle vient des tombes des anciens, à travers un massif de rosiers, embaume l'air.» Or, ceux-là même, qui repoussaient la croyance à l'immortalité de la personne, ou n'en éprouvaient pas le besoin, ont, dans l'antiquité, attaché en tout temps du prix à durer, sous cette forme, dans la mémoire de la postérité. Épicure lui-même, dans la doctrine de félicité duquel le principe que l'existence et la conscience cessent avec la mort forme proprement la clef de voûte, ordonna dans son testament que l'on fêtât l'anniversaire du jour de sa naissance et le 20 de chaque mois^ en mémoire de sa personne ainsi que de celle de son ami Métrodore: ce que ses sectateurs ne manquaient pas de faire effectivement, des siècles encore après sa mort*.

Mais, lors même que la croyance à l'immortalité dé l'âme s'attachait, chez les anciens, à la persistance de la personnalité dans une vie supérieure, plus pure et partant

'Zeller,!!!, 1,354, 3.

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