‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 26 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

tetnent sûr; l'âme des puissants dqpia terre s'irritait faci- . lement; pour qu'elle s'émût, il suffisait quelquefois du simple choix d'un sujet, d'allusions apparentes ou réelles au présent, offertes par tel ou tel passage. Ainsi, sous Tibère, le dernier rejeton de l'illustre maison des Scaurus encourut la mort, par sa tragédie d'Atrée. Ce vers notam- 'ment : « La sottise des rois doit être supportée, » y parut mériter le supplice ^ Mais de pareils dangers ne menaçaient, naturellement, que dans les cas les plus rares les poètes véritablement soucieux de les éviter, et ne pouvaient préjudicier aux inclinations poétiques de cet âge. Il est dit expressément, dans le Dialogue des Orateurs de Tacite, que la poésie est une occupation qui se justifie principalement par le fait d'exposer moins au danger de causer des froissements que celle des orateurs ^ C'est ainsi que la poésie surtout remplit la grande lacune laissée, par la chute de la république, dans la vie de Rome, et ce n'est nullement par suite de la variabilité des caprices humains, comme l'expose Horace, dans son Êpître à Auguste, que le peuple romain, dont l'activité avait autrefois un tout autre but, en était venu à ne plus s'enflammer d'un beau zèle que pour la profession littéraire, que les fils et leurs graves pères se ceignaient le front de feuillage, et que, savants et ignorants^ se mettaient partout à écrire des poésies \ Auguste alla, de la meilleure grâce, au-devant de cette

> Tacite, Dial., ch. ii : Nam postero die quam Curiatius Maternus Catonem recitàverat, eum offcndisse potentium animos dicerctur, tamquam in eo tragœdio; argumento sui ol)]itus tantum Catonem cogitasset, etc.

' Dia/., ch. X : lllud.-.quod plcrisque palrocinalur, lamquam minus obnoxium sil offendere poetanim quam oratorum 8tudium.

* Horace, ÉpUres, \\, 1, 107 à 117.

directiorii. Après le bienfait du retour de la tranquilité et de l'ordre, si longtemps désirés, qu'apportait Tempire, c'étaient la protection et l'encouragement des tendances intellectuelles, tant qu'elles ne chercheraient pas à franchir les barrières établies, qui devaient réconcilier avec le césarisme les gens instruits ; tandis qu'à Rome les masses étaient dédommagées de la perte de la liberté, par de grands progrès dans l'amélioration de leur condition matérielle, ainsi que par des fêtes et des parades fastueuses.

La sollicitude qu'Auguste et les grands personnages qui l'approchaient le plus, comme Messala et Mécène surtout, témoignèrent pour ce nouvel et florissant essor de la poésie, sollicitude partagée aussi par les princesses de la maison impériale, est devenue à bon droit proverbiale. Ce qui fut, sans doute, encore d'un plus grand effet que la faveur de ces cercles, auxquels on vit se rallier même le frondeup Asinius PoUion, ce fut leur propre exemple. Auguste était à la hauteur de la culture de son temps; Tintérêt qu'il prenait à la littérature était sincère, et il le témoigna, non-seulement en poussant et secourant les poètes et les gens de lettres, mais encore en faisant paraître au grand jour la vive part qu'il prenait à leurs travaux, par sa bienveillance et la patience avec laquelle il écoutait leurs lectures. C'est à lui qu'est due l'origine du quatrième livre des Odes d'Horace^ ainsi que la conservation de V Enéide de Virgile, et ce fut lui qui permit à Horace de lui adresser l'épître dans laquelle ce poète mit en parallèle la poésie ancienne et la nouvelle. De plus, Auguste ne se fit pas faute de s'essayer lui-même comme auteur, surtout en prose, il est vrai ; quant à la poésie, il ne s'en occupa, dit Suétone, que superficiellement.

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