‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 29 sur 241 · U¥RE X. — '■ LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

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hasard, dans lesquels Néron décrit le cours du Tigre, qui se perd souterrainement, pour ne reparaître qu'au loin, témoignent au moins d'habileté de facture.

Dans les fêtes que Néron, le premier, institua en prenant modèle des Grecs, ou fêtes Néronées, qui devaient se renouveler de cinq en cinq ans, mais paraissent n'avoir été réellement célébrées que deux fois, en 60 et en 65, les concours de musique, dans la plus large acception du mot, comprenant aussi la poésie*, formaient l'objet capital du programme ; et les apologistes de la nouvelle institu-^ tion pensaient que les victoires des orateurs et des poëtes seraient un stimulant, pour l'essor de talents nouveaux*. Mais de fait, Néron entendait y briller seul, comme poôte tout comme musicien; la participation, d'après son désir, de ce qu'il y avait de plus aristocratique, n'avait pour but que de rehausser sa gloire ; c'est à lui que fut décernée la couronne, et, lors de la seconde célébration de cette fête, il fit la lecture de sa Troïqiie. En général, il ne pouvait souffrir que la célébrité d'aucun autre poëte fît concurrence à sa propre gloire. Lucain, qu'il avait attiré dans son cercle poétique, ne tarda pas à lui porter ombrage. L'empereur, assistant un jour à une lecture de ce poëte, sortit brusquement, et, comme il paraît, lui défendit môme de jamais reparler en public \ A la fin de l'année 62, ou au commencement de 63, Lucain se laissa entraîner à l'hostilité ouverte contre la cour, puis trempa dans la conspiration de Pison, dont la découverte amena sa mort. Mais, quelque dangereux qu'il fût, à Rome, de

' Voir tome II, p. 254.

«Tacite, Annales, XIV, 21.

3 Genthe, De vita Lucani, p. 23, 73.

prétendre a une véritable célébrité, comme poëte, sous Néron', il était prudent, nécessaire même, pour quiconque avait des rapports avec ce prince, de faire parade d'intérêt et de goût pour la poésie, de se produire même, autant que possible, avec des essais poétiques, propres à mettre en relief les productions de l'empereur lui-même. Il n'est pas douteux, pour qui connaît cette époque-là, que ce calcul y contribua beaucoup à l'accroissement de l'activité sur le domaine de la poésie. Parmi les reproches élevés contre Sénèque, par ses ennemis, figurait aussi celui qu'il s'était plus vivement et plus fréquemment appliqué à la versification, depuis que Néron témoignait de l'amour pour la poésie ^

Il y eut un changement complet, à cet égard, sous Vespasien, qui, personnellement tout à fait étranger à la poésie, n'en favorisa et encouragea pas moins, avec libéralité, précisément les talents hors ligne, même parmi les poètes. Mais son fils Titus, qui, enfant, avait vécu à la cour de Néron, avait lui-même, pour la poésie latine et grecque, un talent et une facilité suffisante même pour l'improvisation ; il chanta même une comète, dans une pièce de vers (( superbe », suivant l'expression de Pline l'Ancien, et Pline le Jeune aussi le nomme parmi les poètes. Sous Domitien, les rapports du temps de Néron reparurent, à bien des égards, une oppression même plus terrible encore s'appesantit sur les esprits ; mais les efforts poétiques n'en furent pas moins sincèrement favorisés et encouragés, surtout par l'institution, en 86, du concours ou Agon Gapito-

1 Tacite, Annales, XVIJ 28, etc. : Montanum.... quia protulerit ingeiiiura, extorrem agi; voir aussi les remarques de Nipperdey. ^ Ibidem, XIV, 52.

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