‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 30 sur 241 · LTARE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LTARE X. — LES BELLES-LETTRES

lin, dans lequel les talents pouvaient se déployer librement. Généralement, cependant, cet autre Néron ne prétendit pas, comme empereur, à une gloire de poëte, bien qu'il eût, dans ses loisirs involontaires, n'étant encore que prince, fait parade d'un grand zèle d'application à la poésie. Naturellement, à sa cour aussi, les poésies de sa jeunesse étaient déclarées le nec plus ultra du genre. Quintilien dit qu'il avait paru trop mesquin aux dieux de laisser Domitien dans le rôle du plus grand des poètes, et que c'est pour le détourner de ces occupations d'un ordre inférieur qu'ils lui avaient commis le soin de gouverner le monde. Il est douteux qu'il ait même commencé seulement un poëme épique sur la guerre de Judée, dont parle Valérius Flaccus*; certain, au contraire, qu'il prit pour sujet d'une poésie la lutte pour le Gapitole des journées de décembre de l'an 68, pendant laquelle il avait été en grand danger; car Martial mentionne, en Fan 89, avec l'épithète d'usage, dans la langue de cour d'alors, pour tout ce qui émanait du souverain, le « céleste » poëme de la Guerre Capitoline^. Domitien n'était donc pas fâché qu'on rappelât ses essais poétiques, bien qu'il eût complètement renoncé à faire des vers^ et Martial lui rend hommage en l'appelant a le maître des neuf sœurs » ^

Le successeur de Domitien, Nerva, était aussi regardé

• Argon. I, 12. — Imliof, Domitien, 133,5 (en allem.). «Martial, V, 5 :

Ad Capitolini cœlestia carmina belii Grande colhiirnati pone Maronis opus.

Céleste était synonyme d'impérial .

Voir aussi, pour l'épilhète « céleste », Finckc, De appellalionibtts CX' stirum honoriflcis, Kœnigsberg, 1807, p. 42. Quant aux Aralea ils ne peuvent, diaprés Imliof,êtrc de Domitien. ' Martial, V, 1(J. l»»

parles poètes comme un des leurs; Pline le Jeune' le nomme, parmi les auteurs de bagatelles espiègles et badines; Martial l'appelle « le TibuUe de notre temps », expression tirée d'une poésie de Néron, du cercle duquel Nerva jadis avait fait partie. Les épigrammes composées sur lui par Martial, dans le ton de client le plus humble, montrent que Nerva aimait, encore alors (c'était vers la fin du règne de Domitien), à s'entendre louer comme poëte ^

Dans la nature de soldat si grandiose de Trajan, il n'y avait pas une flbre poétique ; il paraît même que tout intérêt pour la poésie manquait absolument chez lui ; tandis qu'Adrien, le plus grand amateur des belles-lettres et des beaux-arts, dans toute leur variété, qui se fût jamais assis sur le trône de l'empire romain, maniait avec une égale habileté les vers et la prose ; on lisait aussi de lui des poésies lascives ^ Il conserva, jusque sur son lit de douleur, à l'approche de la mort, assez de belle humeur pour composer ces vers connus qui, d'après son biographe, donnent la mesure de la valeur de ses poésies et peuvent se traduire ainsi :

« Ma petite âme volage et tendre, toi la douce compagne d'un corps qui t'a si longtemps hébergée, oîi vas-tu aller, pauvre mignonne, toute pâle, sans rien pour te couvrir et grelottante de froid? Il n'y a plus à folâtrer maintenant ; adieu les petites causeries ! »

Il paraît, d'ailleurs, que l'exemple d'Adrien avait mis la poésie à la mode, à sa cour ; son fils adoptif, Élius Vérus, était également un habile versificateur *, et Lucius Vérus,

' Lettres j V, 3, 5.

' Martial, VIII, 70; IX, 26.

^ Apulée, ApoL, p. 410; éd. Oudendorp.

* Histoire Auguste^ Vie d' Élius Vérus, ch. v.

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