‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 4 sur 241 · LIVRE X. — LÉS BELLES-LETTRES. U · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LÉS BELLES-LETTRES. U

nommés ailleurs parmi les poètes qu'Alexandre de Gotyéum expliquait à l'écoleS s'appliquer à la poésie grecque aussi largement qu'à Napies, ville dans laquelle l'idiome et les usages grecs s'étaient maintenus ; mais le fait que l'on supposait tout homme ayant reçu de l'éducation familiarisé, c'est-à-dire probablement dès sa sortie de l'école, avec les principaux poètes grecs, ressort aussi de ce que Sénèque raconte de ce Galvisius Sabinus qui, pour se donner l'apparence d'un homme instruit, faisait apprendre par cœur, à ses esclaves, les poètes dont il aimait à faire des citations, comme on Ta vu au tome III, page 142.

Si nous n'avons pas d'informations plus précises sur le choix des poètes grecs pour l'enseignement scolaire, si nous ignorons notamment s'il varia avec le temps, et quelles variations il subit, nous savons, d'autre part, que les poètes latins, dans les écoles, n'étaient plus au deuxième siècle les mêmes qu'au premier. Or, ce changement ne fut que la conséquence de la grande révolution qui se préparait, déjà vers l'époque du règne de Néron, et s'accomplit^ au commencement du deuxième siècle, dans la direction de la littérature^ et du goût.

Des poètes latins Virgile était, au premier siècle, le premier que l'on mît entre les mains de la jeunesse ; ses poésies formaient la base et l'objet principal de l'enseignejnent latin, comme celles d'Homère étaient le fondement de renseignement grec. Après Virgile, c'était probablement Horace qu'on lisait le plus. Les bustes de ces deux poètes ornaient, à ce qu'il paraît, ordinairement les salles

» Lehrs, qu. ep., p. 14. — Aristide, I, p. 142 l). — Voir aussi Galien, éd. K, XVI, 666.

d'école,au commencement du deuxième siècle encore*. Le grammairien Q. Gécilius l'Épirote, affranchi d'Atticus, ami de Gicéron, qui ouvrit école après la mort de son protecteur Cornélius Gallus, poëte décédé en l'an de Rome 728, passe pour avoir introduit le premier, dans l'enseignement scolaire, les poètes les plus récents.

11 y lisait les poésies de Virgile et d'autres poètes vivants, certainement dès avant la mort du premier en 735, et en faisait l'explication, ce qui lui attira, de la part d'un poëte épigrammatique, le sobriquet de « bonne des poètes au maillot^) . Mais, probablement, Gécilius l'Épirote fit seulement passer en coutume ce que d'autres avaient déjà fait quelquefois avant lui ; car Horace, dans une satire antérieure de plusieurs années, se prononce déjà contre la sottise des poëtes, avides des applaudissements de la foule et flattés de voir leurs poésies lues dans les écoles inférieures*. C'est précisément là que, selon toute apparence, les poëtes vivants le plus en vogue étaient lus, de préférence, depuis cette époque. De ce qu'au temps de Vespasien on demandait à l'orateur de parer son discours d'ornements poétiques « empruntés au sanctuaire de Virgile, d'Horace et de LucainS), on peut conclure que le poëme épique de ce dernier aussi fut lu généralement à l'école, aussitôt après la publication; ce que Suétone atteste d'ailleurs expressément,ainsi que la sollicitude outrée des libraires pour faire des éditions de luxe de ses œuvres ^ Quel beau résultat pour le poëte, dit Perse, de savoir ses vers dictés à

' Juvénal, VII, 227. Le scoliaste pourtant croit qu'il s'agissait d'exemplaires des œuvres de ces deux poètes.

2 Suétone, Grammairiens illustres y 16.

' Horace, Sat., I, 10, 80-84.

" Tacite, Dial., eh. xxvi. — Voir aussi Genthe, De vita Lucani, p. 82. ^ Suétone, Vie de Lucain : Poemata ejus etiam praîlegi memini.

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