‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 32 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

que des amateurs très-lettrés et très-bien doués, dans l'acception la plus haute et la meilleure du mot, il est vrai ; de plus, il n'y a eu nullement disette de poètes dans les siècles postérieurs \ Ce qui a, sans doute, contribué au déclin des tendances poétiques, c'est l'avènement de l'archéologie à la domination dans la littérature, le culte des auteurs anciens étant loin de pouvoir offrir, à la production originale et à la reproduction, la même excitation que le commerce avec les poètes modernes. Il y eut, ensuite, suppression de l'influence que l'application des empereurs à la poésie, bien qu'elle ne fût elle-même, comme nous l'avons dit, qu'un effet de la tendance dominante de l'esprit du temps, n'avait pas manqué d'exercer, par la force de l'exemple, sur les hautes classes, et partant d'un mobile considérable du dilettantisme poétique. Mais la cause principale du déclin, on fera bien, peut-être, de la chercher dans la grande impression faite par la prose d'art des sophistes, qui avait pris naissance en Grèce, et, sollicitant aussi puis» samment l'admiration et l'imitation des Romains, entraînait largement dans ses propres voies beaucoup d'esprits impressionnables. Nous reparlerons plus loin de cette nouvelle direction. Enfin, Une faut pas oublier que plus, par suite de la nouvelle organisation d'Adrien surtout, l'empire se transformait en un état foncièrement militaire et bureaucratique, plus on eut besoin de fonctionnaires, et plus la perspective qu'il leur offrait, dans la carrière officielle, était devenue brillante, plus aussi le talent et l'ambition durent se détourner des belles-lettres en général et se porter, de préférence, sur le service militaire, l'administration et l'étude du droit. Gela n'empêcha pas que Ton ne

' Voyez, par exemple, Vk d'Alexandre Sévère, ch. xxxiv. T. IV. 6

continuât, généralement, à s'appliquer à l'éloquence, en la regardant, toutefois, moins comme une fin que comme un moyen, et par d'autres voies qu'auparavant. Les études professionnelles et, dans leur cortège, notamment aussi celle de la philologie, très-étroitement liée à la jurisprudence, qui venait de prendre un nouvel essor, n'étaient, naturellement, pas suivies avec moins d'ardeur.

La nouvelle importance que la poésie et la littérature, en général, gagnèrent avec l'établissement de l'empire, se manifeste principalement dans trois choses : le développement d'un commerce de librairie très-étendu et la formation de bibliothèques publiques, l'introduction de lectures ou récitations publiques des ouvrages nouvellement parus, enfin l'établissement d'une distinction honorifique toute nouvelle, pour les poètes en particulier, le couronnement de ceux-ci. Ce dernier date des règnes de Néron et de Domitien ; tout le reste existait déjà au temps d'Auguste.

Dans les derniers temps de la république, le commerce de librairie n'avait encore que peu d'étendue ^ L'ami de Cicéron, Atticus, le premier duquel on sait qu'il entreprit de multiplier les livres et d'en assurer le débit sur une plus grande échelle, n'en faisait pourtant qu'accessoirement une affaire. Mais, déjà sous Auguste, la librairie devint une branche de commerce distincte, à Rome, et bientôt aussi dans les provinces. Les fonds d'assortiment de

1 Marquardt, Manuel^ V, 2, 404, etc. — Géraud, Sur les livres dans V antiquité, p. 165, etc.

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