‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 36 sur 241 · LIVRE X. LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. LES BELLES-LETTRES

de leurs auditeurs à une rude épreuve, par la longueur et la fréquence de leurs lectures, ils ne tombaient en outre que trop souvent, en s'évertuant à faire valoir le plus possible leur personne et leur œuvre, dans toute sorte d'afféteries théâtrales. Il y avait déjà, pour eux, une tentation, poussant à ce travers, dans les grandes exigences du temps, relativement à une belle diction et à la mimique qui devait l'accompagner, dans la grande importance que l'on attachait à ces deux points, ainsi qu'à d'autres choses extérieures. Quintilien trace à l'orateur débutant des préceptes détaillés sur les moyens de former sa voix, sur- les qualités nécessaires d'un bon organe, qui doit embrasser toute la gamme des sons, ainsi que sur la manière d'éviter les extrêmes du haut et du bas, sans tomber dans la monotonie ; il lui conseille de se garder d'un débit affectant le chant, auquel se laissaient aller la plupart des orateurs d'alors, et traite d'une manière tout aussi détaillée du geste et de la mimique, du costume et de toute l'habitude extérieure de l'orateur, auquel il recommande de prendre, pour achever son éducation, non-seulement les leçons d'un musicien, mais aussi celles d'un acteur Ml va sans dire que ces règles et toutes les recommandations analogues s'appliquaient également au lecteur. Pline le Jeune, apprenant qu'il lisait mal les vers, résolut de faire lire ses poésies par un affranchi, devant un cercle d'amis; cependant, il étaiten doute sur la question de savoir s'il devait lui-même assister, avec la mine d'un indifférent, à cette lecture, ou l'accompagner, comme faisaient bien des gens, de murmures, d'un jeu de physionomie et de gestes; mais, estimant sa gesticulation aussi défectueuse que sa lecture, il prie, dans son embar-

' Quintilien, XI, 3, 14 ; voir aussi I, io et tl.

ras, Suétone de le conseiller \ Perse, décrivant raffectation des lecteurs, nous les montre occupant leur siège élevé au-dessus des autres, vêtus d'une toge de fête, éblouissante de blancheur, bien frisés, une bague garnie d'une grosse pierre précieuse au doigt, puis commençant leur débit avec des regards languissants et en balançant le cou à droite et à gauche, du ton le plus mélodieux qu'était susceptible de prendre leur gosier, assoupli par de longs exercices de solfège ^ Quelquefois, ils paraissaient avec une cravate de laine roulée autour du cou, pour ménager la voix ou annoncer un rhume ; mais en réalité, ils ne faisaient par là, dans l'opinion de Martial, que se reconnaître aussi incapables de parler que de se taire ".

La manière dont se présentaient les lecteurs, ainsi que les applaudissements de l'auditoire, rappelait le théâtre. Bien que les auditeurs, invités personnellement ou par lettres, fussent en majeure partie des amis, ou du moins des gens assez bien élevés pour ne pas ménager leurs applaudissements, surtout quan^ ils étaient eux-mêmes .écrivains, et attendaient la pareille des assistants, à leurs propres lectures, beaucoup de lecteurs, et peut-être même la plupart, ne négligeaient pas de se pourvoir encore d'un renfort d'applaudisseurs et declaqueurs payés. A l'époque de Trajan, les avocats des parties en usaient de même ; mais il est possible que cette déplorable habitude ne se fût glissée dans les débats des tribunaux que sous l'influence contagieuse des récitations. Dans celles-ci, quelque pro-

' Pline le Jeune, Lettres, IX, 34.

2 Perse, I, 15-18, 98 avec les notes de Jahn.

3 Martial, VI, 41 ; IV, 41 ; voir aussi III, 18 et XIV, 142.

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