‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 39 sur 241 · LIVRE X. -—LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. -—LES BELLES-LETTRES

comme on l'a déjà vu plus haut, lui décernèrent à l'unanimité. Si certain passage d'Ausone*, dans lequel il est question d'un troisième adolescent lauréat, se rapporte effectivement, comme il paraît, à l'agon capitolin, il en faudrait conclure que la compétition de poètes aussi jeunes n'y était pas une rare exception. C'est toutefois, là, tout ce que nous savons des couronnements postérieurs de poètes, bien que, selon toute probabilité, il y en eût encore dans la suite, régulièrement tous les quatre ans, et que cet usage se maintînt jusqu'aux derniers temps de l'antiquité. Du reste le caractère hellénique de la fête s'exprimait, au moins sous Domitien, aussi dans son appareil extérieur. L'empereur y présidait, en manteau de pourpre grec et en souliers. grecs, portant sur la tête une couronne de feuillage d'or, ornée des images des trois divinités du Capitole, Jupiter, Junon et Minerve. Les assesseurs et juges du concours étaient le flamine de Jupiter et le collège sacerdotal de la maison Plavienne, dans le même costume, à cela près que leurs couronnes offraient en outre le portrait de Tempereur. Plus tard, les collèges sacerdotaux alternèrent, dans la direction des concours, sous la présidence de l'empereur. L'éclat et la solennité de cette réunion de fête, la présence des plus hauts personnages de la cour et des plus grands dignitaires de l'empire, la couronne, donnée de la main de l'empereur, l'importance historique du lieu pour le monde entier, tout cela se réunissait pour faire quelque chose d'unique dans son genre, et d'enivrant, de l'honneur du couronnement d'un poëte. Le souvenir s'en conserva vivant, au moyen ûge, et l'usage s'en

• Professores^ V, 4 : Tu paunc ab ipsis orsus incun.ibulis Dei poêla nobilis sertum coroua; prwfercus Olympia) Tutir cclebrattti Juvem.

renouvela, dans les villes d'Italie, depuis la fin du treizième siècle. A Padoue et à Prato, l'on couronna des poètes, dès avant Pétrarque, et Dante se consolait, dans son exil, de l'espoir de participer un jour à cet honneur, dans la chapelle de Saint-Jean, à Florence. Pétrarque, invité simultanément, dans sa retraite de Vaucluse, par l'université de Paris et par le sénat romain, à recevoir publiquement la couronne de laurier, se décida de préférence à la ceindre àRome, ce surles cendres des grands poètes de l'antiquité.» Un dimanche de Pâques, le 8 avril ^ 341, son couronnement solennel eut lieu au Gapitole, dans la salle de réunion du sénat, des mains du sénateur Ursus ; puis, la cérémonie terminée, le poëte se rendit en procession à Saint-Pierre^ et y déposa, avec humilité, le' laurier qu'il venait de rece^ voir, sur l'autel du prince des apôtres \

A côté de l'agon capitolin, Domitien célébrait encore chaque année, le 19 mars, une autre fête du même genre j à sa maison de campagne, près d'Albe : celle de Minerve^ à laquelle il avait voué un culte particulier. L'un des membres d'un collège institué par cet empereur était désigné par le sort pour y présider, et chargé -de prendre les mesures et les dispositions nécessaires pour cette fête, oii des concours d'orateurs et de poètes accompagnaient des jeux scéniques et de magnifiques tueries d'animaux ^ Stace y reçut trois fois, antérieurement à l'année 94^ avec des poésies sur les campagnes de Germanie et de Dacie, le prix consistant en une couronne d'olivier, faite d'or % mais

1 Grégorovius, Histoire de la Ville de Rome au moyen âge, VI, 207 a 216 (en aiiem.)*

3 Suétone, Domitien, ch. iv.

^ Stace, Silves, III, 5, 28 ; lY, 2, 65 ; V, 3, 227. — Voir aussi, dans Martial (IX, 23), des vers adressés à un certain Carus, couronné à cette

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