‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 40 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

qui n'était pourtant pas, cela va sans dire, en aussi haute estime que la couronne capitoline, de feuillage naturel de chêne. Cette fête cessa, sans doute, avec la mort de Domitien. On ne sait rien de bien précis sur les autres concours de poésie postérieurs de Rome, non plus que sur le renouvellement des Néronées, par Gordien III.

Les poëtes, dans les deux siècles de la période qui nous occupe, ne manquaient donc pas plus d'occasions de se faire entendre et de briller^ que l'attention et l'intérêt du piiblic, les applaudissements, les honneurs et la gloire ne leur faisaient défaut ; tout cela leur était même assuré dans une plus large mesure qu'à nulle autre époque. Mais la poésie ne procurait pas d'avantages matériels, ni surtout de revenu, attendu que les libraires, en ce teraps-là, où Ton n'avait pas même Tidéedela propriété littéraire, et qui ne leur offrait, pas plus qu'à Tauteur, la moindre protection légale, ne payaient naturellement pas d'honoraires ^ Un poëte riche, il est vrai, pouvait se contenter de la gloire, comme Lucain, qui se re- •posaitsur ses lauriers dans des jardins richement ornés de marbre % ou comme le consul Silius Italicus, qui ne con* sacra à'ia poésie que le soir de sa vie, dans ses villas magnifiquement décorées de statues et de bustes nombreux, sur le rivage paradisiaque de la Campanie^ Autrement,

fête, lequel avait ceint de cette couronne le front d'un buste de Domitien : • AlbaïKii livere polest pia quercus olivaî, Cinxerit invictum quod prior illa caput.

• Géraud, Sur les livres^ p. 194 à 200. — Marquardt, Manuel, V, 2, M?

< Juvénal, Vil, 97, etc.

' Pline le Jeune, Lettres, 111, 7 ; Martial, Vil, 63, Il : . Emeritos musis et Piiœbo tradidil anno».

faire de la poésie non l'ornement^ mais la tâche de sa vie, c'était extrêmement risqué, pour qui n'avait pas son existence assurée. Malgré cela, le nombre de ceux que la conscience d'un talent véritable, ou la confiance dans un talent imaginaire, faisait entrer dans cette voie était, assurément, très-grand, et il ne pouvait en être autrement, avec la multitude et la puissance extraordinaire des excitations et des tentations portant à la poésie; mais très-peu, il est vrai, réussissaient à faire fortune, et les contempteurs de cet art, qui ne donnait pas de pain, les gens qui se targuaient d'être des hommes positifs et pratiques, pouvaient invoquer, à l'appui de leurs dédains, la condition misérable de la plupart des poètes et les doléances mêmes de ceux-ci. Ovide ne put se résigner à laisser la poésie, malgré les remontrances de son père, qui le pressait de renoncer à une occupation aussi ingrate, en lui rappelant qu'Homère lui-même n'avait laissé aucun bien ^ ; mais, bien qu'il eût de quoi vivre, Ovide aussi se plaignait du sort des poètes. Jadis, tel était son sentiment, dans le bon vieux temps d'Ennius, le poëte avait un nom vénéré et jouissait d'une haute considération; les richesses affluaient vers les poètes ; aujourd'hui , la poésie est tombée en discrédit, et l'on taxe d'oisiveté le service des Muses ^ Si, à la plus brillante époque de la poésie latine, un poëte qui était une de ses premières illustrations a pu faire entendre ces plaintes, il en appert clairement que le dédain des Romains de la vieille roche, pour la poésie et les poètes, conserva dans tous les temps beaucoup d'empire. Dans le Dialogue des Orateurs de Tacite aussi.

• OsiàQ, Tristes, IV, 10, 2 L

' Le même, Art d'aimer y III, 403, etc.

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