LIVRE X. LES BELLES-LETTRES
une centaine d'enfants aux cheveux bouclés! et l'affirmation du scoliaste que cette remarque s'appliquait aux poésies de Néron^ dont on faisait alors généralement usage dans l'enseignement scolaire, n'a rien de surprenant*. Stace, à peine arrivé à la fin de sa Thébaïde^ put constater avec satisfaction que cette œuvre, fruit d'un travail de douze ans, était déjà ardemment étudiée par la jeunesse d'Italie*. Martial, dont les poésies, à cause de leur obscénité, ne convenaient naturellement d'aucune façon pour l'enseignement % se fait questionner, par sa muse badine, s'il songerait, par hasard, à chausser le cothurne tragique, ou à chanter des guerres en vers épiques, « pour avoir la chance d'être lu, d'une voix enrouée, par un pédant de maître d'école, et de devenir odieux aux jeunes filles adolescentes et aux bons garçons* ».
Mais alors, la question de la préférence à donner à l'ancienne littérature, ou à la nouvelle, était depuis longtemps devenue un sujet de dispute, dans les cercles littéraires, et les partisans absolus de la première ne voulaient, naturellement, pas tolérer la seconde, à l'école. Déjà du temps de Vespasien, il s'était formé contre la prose moderne, avec ses extravagances, son éloignement du naturel et son affectation, une vive opposition du côté de laquelle se rangea Quintilien, dont l'autorité était, indubitablement, décisive pour une grande partie de la société. Celui-ci,
' Perse, Sa^, I, 29, c. schol.
» Stace, Thébaïde, XII, 810, etc.
» Martial, 1, 35 :
Versus scribere rae pariim scvcros, Nec quos prœlegat in sciiola magister, Coroeli, quereris, etc.
♦/Wd.,VIlI, 3, 15.
lors de son propre début dans la carrière de l'enseignement, avait trouvé Sénèque, le plus brillant des auteurs modernes, admiré généralement et avec enthousiasme, par la jeunesse, précisément à cause de ses défauts éblouissants et séduisants, sur lesquels les imitateurs, y ayant donné dans une mesure de plus en plus large, renchérirent encore*. Quintilien tendait et parvint, avec le concours d'hommes animés des mêmes sentiments, à opérer une régénération de la prose, sur la base du style cicéronien, qui, transformé selon le besoin du temps, par les auteurs engagés dans cette direction, y gagna certainement en mobilité, en couleur et en éclat.
Mais ce résultat, alors déjà, était loin de satisfaire une partie des amis de Tancienne langue, qui crurent devoir remonter encore plus haut de tout un siècle jusqu'aux incunables de la littérature latine, pour trouver les modèles d'après lesquels ils entendaient réformer les aberrations du goût. Ceux-là prisaient Caton l'Ancien, les chroniqueurs et les orateurs du vieux temps, tels que Gracchus, et les poètes de l'époque des guerres Puniques, Névius, Ennius, Plante, Accius, Pacuvius, Lucilius et les contemporains de ces hommes, qu'ils désiraient naturellement aussi voir introduits dans l'école. Vers l'an 90 de notre ère, cette direction avait déjà gagné assez de terrain pour que Quintilien lui-même crût devoir acquiescer à ce qu'il y avait de légitime dans leur demande. Il avait, il est vrai, trop de tact, un esprit trop ouvert et un goût trop fin pour prendre directement parti dans une pareille dispute ; il n'était guère en position de se déclarer pour les partisans du vieux, toute la direction de ses vues le rapprochant beau-
* Quintilien, X, l, 125 à 131.