‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 44 sur 241 · VII · texte numérisé non relu

VII

Aussi Pline le Jeune se plaint-il de ce que la bonne vieille coutume de récompenser les poètes de leurs éloges, avec de l'argent, fût, insensiblement, tombée en désuétude ; luimême y était resté fidèle, et il crut devoir répondre à une poésie, dans laquelle Martial lui avait fait honneur, en faisant cadeau à cepoëte, qui allait retourner dans ses foyers, de l'argent nécessaire pour le voyagea Martial, du reste, ne manquaitpas ailleurs non plus de généreux protecteurs. Les récriminations de Ju vénal même, sur la lésinerie des riches, font entrevoir qu'ils regardaient, toujours encore, en quelque sorte comme un devoir de secourir les poètes, et qu'en y manquant ils excitaient le mécontentement des cercles littéraires, et s'exposaient à faire mal parler d'euxmêmes. D'un autre côté, les poètes, dans ces circonstances, n'étaient pas seuls à recevoir; il dépendait d'eux de faire, en retour, plus qu'on ne leur avait accordé ; car l'honneur et la renommée dans le présent, une mémoire éternelle et un nom immortel auprès de la postérité, étaient comptés parmi les plus grands biens par les hommes de ce tempslà, ainsi que de l'antiquité en général. Or, qui était à même de mieux procurer ces biens que les poètes^? Les grands tenaient d'ailleurs, en outre, à être guidés par la poésie, dans tout le cours de la vie; avant tous les autres arts, elle était destinée à relever et à glorifier tous les événements considérables de l'existence. L'idée que, sans cet ornement, il manquait quelque chose à la condition même la plus privilégiée, conserva longtemps son empire et ne se perdit jamais entièrement, bien qu'elle se manifestât de plus en plus rarement. Les hommes du high life de ce temps

' Pline le Jeune, Lettres, 111, 21.

2 Cicéron, Pro Archia, p. 9, 20, 1 1, 28, etc.

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