‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 45 sur 241 · TJVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

TJVRE X. — LES BELLES-LETTRES

avaient donc besoin des poètes, dans ce sens, et étaient très-disposés, dans leur propre intérêt, à les obliger et à se les attacher solidement. Seulement, il faut bien dire aussi qu'il était dans la nature des choses que le nombre des poëtes en quête de faveur et de libéralité, se trouvait^ toujours, être incomparablement plus grand que celui des personnages désireux de payer les éloges des poëtes.

Ici également les empereurs prêchaient d'exemple. Eux aussi, naturellement, attendaient, exigeaient même, avant tout, des poëtes contemporains la glorification de leur gouvernement et de leurs actes, de leur personne et de leur maison, de leurs constructions et autres grandes entreprises, de leurs fêtes et spectacles, et ils provoquaient même directement ces louanges. Ainsi faisait notamment Auguste aussi. Il est certain que chaque règne, dans cette période, a eu sa littérature poétique propre, exclusivement vouée à sa glorification. Deux ans ne s'étaient pas écoulés, depuis l'avènement de Trajan au trône impérial, que l'on vit paraître, à la place des « molles poésies » de naguère, à la louange de feu Domitien, des « poésies graves », célébrant le nouvel empereur ^ La glorification de l'empereur arriva môme à être si bien regardée comme le thème le plus naturel de toute poésie, que des poëtes marquants, des poëtes épiques en particulier, qui, d'habitude, choisissaient néanmoins d'autres sujets, des sujets mythologiques surtout, comme les moins compromettants, crurent nécessaire de s'en excuser, ou du moins de déclarer qu'ils ne se croyaient point ou ne se sentaient pas encore de force à entreprendre une autre tâche plus haute, qu'ils réservaient de s'y essayer, un jour, pour le temps où ils seraient

' Pline le Jeune, Panégyrique de Trajan y 54.

mieux préparés, elc. '. Mais, abstraction faite de la gloire qu'ils en attendaient, les empereurs se croyaient évidemment, d'ordinaire, une certaine obligation de témoigner de leur intérêt pour la poésie par des subventions et des honoraires, payés aux poètes éminents, et l'on était habitué à les considérer comme les patrons et protecteurs naturels et suprêmes de la poésie, ainsi que des poètes : aussi, ces derniers s'adressaient-ils avant tout, avec leurs dédicaces et leurs hommages, aux empereurs. 11 faut observer toutefois que, si des rhéteurs étaient souvent élevés à des postes lucratifs et influents, il n'y a pas d'exemple connu d'une position ou d'un sort pareil fait à un poëte, celui d'Horace excepté, auquel Auguste voulut conférer le secrétariat impérial, que le poëte refusa pourtant. Le plus probable est que l'on s'acquittait ordinairement, envers les poètes, par de fortes gratifications en argent.

On pourrait se faire une idée des prétentions et des espérances que l'intérêt si vivement témoigné, par Auguste, en faveur du nouvel essor de la poésie, faisait naître dans le monde des poètes du temps^ même sans l'assurance d'Horace que c'était déjà l'espoir de tout le monde de voir arriver les choses au point qu'il suffirait d'informer Auguste du fait que l'on se vouait à la poésie, pour obtenir de ce prince les moyens de vivre et l'encouragement à continuera Une anecdote, rapportée par Macrobe ^, fera juger de l'indiscrétion et du sans-façon des requêtes de ces poètes, qui assaillaient ce prince avec leurs dédicaces et leurs hommages. Un Grec lui avait présenté, plusieursjours de

' Stace, Thébaïde, I, 17-33 ; Silves^ IV, 4, 95 ; AchUléide, 1, 19. ' Horace, É pitres, II, 1, 22G-228 3 Saturnales, II, 4 f.

Page 1