LIVKE X. LES BELLES-LETTRES
suite, de petites flatteries en vers, dès qu'il le voyait sortir du palais, sans qu'Auguste parût y faire attention. Dans la suite, ce prince, voyant encore une fois son homme s'avancer vers lui, nota lui-même quelques vers et les fit remettre à l'autre par une personne de sa suite. Le Grec les lut, se mit à exprimer de la mine et par gestes qu'il en était au comble de l'admiration, puis^ s'approchant de la litière d'Auguste, il lui présenta quelques deniers, avec l'expression du regret que ses moyens ne lui permissent pas de donner davantage. Or^ cette incartade lui valut un présent de 100,000 sesterces. La finesse et la sûreté du tact d'Auguste, comme Horace se plaît à le dire à sa louange, ne se démentaient pas dans ses largesses aux poètes; ses cadeaux princiers à Virgile et à Varius lui font surtout grand honneur'. Varius avait reçu un million de sesterces pour son Thyeste, représenté aux spectacles donnés pour la célébration du triomphe d'Actium ; Virgile fut surtout récompensé richement pour le sixième livre de VÉ?iéide, contenant la glorification de la maison des Césars, et on dit qu'il laissa dix milliohs^
Horace, qui estimait au-dessus de tout, dans la vie, l'aisance d'une modeste retraite, eut positivement à se défendre des offres d'Auguste ; plus que tout autre il eût été comblé de richesses et d'honneurs éclatants, s'il n'avait dédaigné les uns et les autres. En mourant, il institua Auguste son héritier '
11 y a lieu de croire que la libéralité des empereurs postérieurs devait aussi, généralement, ôtre mise à contribution, dans une large mesure, par les poètes; on estd'au-
• Horace, /. c. 4.
' Virgile, éd. Ribbcck, p. XXX.
J Suétone, Vie d'Horace.
tant plus fondé à l'admettre que presque tous les poètes de ce temps adressent à l'empereur, dans leurs dédicaces, des allocutions flatteuses et des réclames de circonstance, si bien que^ non-seulement dans les panégyriques en vers, composés pour des fêtes et d'autres occasions, poésies qui devaient certainement pleuvoir % mais dans toutes les poésies, y compris celles qui, proprement, ne rentraient pas dans cette catégorie, on commençait toujours, sinon par en adresser directement l'hommage à l'empereur, au moins par se réserver de le faire. Les Églogues de Çalpurnius, par exemple, offrent un échantillon des hommages adressés aux 'empereurs par des poètes besoigneux* Ce poëte avait bien trouvé un patron, qu'il appelle « Mélibée » et qui était poëte lui-même, dans Galpurnius Pison peut-être, que nous aurons à mentionner plus loin. Ce protecteur l'avait mis à l'abri du besoin et sauvé de la nécessité d'échanger le séjour de Rome contre celui d'une province, la Betique ; mais cela n'empêchait pas le protégé de continuer à se plaindre de sa pauvreté, qui l'obligeait à se mettre en peine pour gagner de l'argent^ et ne lui permettait pas de faire aussi bien qu'il le pourrait, sans cette entrave. Il supplie en conséquence Méhbée de vouloir bien présenter ses poésies à l'empereur et devenir ainsi, pour le solliciteur, ce que Mécène avait été pour Virgile ; car n'avait-il pas également accès dans les « appartements sacrés )) de l'empereur, « du Phébus palatin » (autrement dit de Néron)? Ce prince, qui venait de monter sur le trône, le poëte le fait exalter par le dieu Faune et célébrer,
< H. A. Fie d'Alexandre Sévère , c. xxxv : poetfe panegyricos dicentes ; Vie de Gallien, ch. xi : cum omnes poètœ grseci latinique epithalainia dixissent, idque per" dies plUrimos.