‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 47 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

à tour de rôle, par les chants des pâtres. Le monde entier, tous les peuples l'adorent, les dieux le chérissent, avec son règne l'âge d'or a recommencé, il est un dieu descendu du ciel sous la forme humaine, et ainsi de suite. Une autre poésie contient la description d'un magnifique spectacle, donné par ce «dieu juvénile» à l' amphithéâtre , construit en bois dans l'année 57 \

Il résulte positivement de quelques données certaines, bien qu'isolées et fortuites, que les empereurs ne laissaient pas sans récompense les auteurs qui leur dédiaient des poésies. Tibère récompensa magnifiquement le chevalier G. Lutorius Priscus, pour une élégie, généralement applaudie, sur la mort de Germanicus. Mais quand, en l'an 21, le fils de Tibère, Drusus, fut tombé gravement malade, le poëte, dans l'espoir d'une nouvelle récompense^ pour le cas où ce prince mourrait, composa d'avance une nouvelle élégie, et se laissa entraîner à en faire la lecture dans im grand cercle de dames de haut parage ; dénoncé pour ce fait, il fut condamné à mort par le Sénat^ comme coupable d'un crime de lèse-majesté ^ Il faut que Glande aussi ait été généreux pour les poëtes, puisque «les poètes nouveaux» pleurèrent sa mort \ Vespasien subventionna richement des poètes hors ligne : Saléjus Bassus notamment, qui était dans le besoin, reçut de lui un présent de 500,000 sesterces \ Juvénal* appelle l'empereur (Adrien

• llaupt, Jjccarm. bucol. Calpurnii et Nemesianl (1854), p. lG-26. — Calpurnius, Ed., I (94), IV et VII. — Voir aussi l'éloge eil vers de Néron dans V Anthologie latine^ éd. Uiesc, II, 180, etc.

' Tacite, Annales, III, 49, etc.; Dion Cassius, LVII, 20. — Suétone {Tibère., eh. xlii) ne saurait être cité pour ce fait. ^ Séncque, Lud., 12, 13, v. 56.

* Suétone, Vespasien^ cb. ivii ëi suivants; Tacite, Dialogue, oh. li. : * VU, là 21.

96 CIVILISATION El MŒURS ROMAINES.

sans doute) l'unique espoir des poètes ; seul ce prince protège encore les muses en deuil, en ce temps où elles n'ont ni faveur, ni assistance à attendre de nulle autre part ; il ne saurait permettre qu'un poëte puisse encore, désormais, être réduit à chercher son gagne-pain dans des travaux indignes de lui ; sa faveur et ses bonnes grâces puissentelles, puisqu'il cherche autour de lui des sujets qui en soient dignes, devenir un aiguillon pour les jeunes talents. On rapporte que le poëte grec Oppien reçut de; l'empereur (Septirae Sévère probablement?) une pièce d'or pour chaque vers de ses poésies, dont il lui avait fait la lecture*.

Après les empereurs qui, avec la plus grande générosité, ne pouvaient cependant donner satisfaction qu'à une faible partie des demandes et des sollicitations qui leui* étaient adressées, c'était, comme on l'a déjà dit, des grands de Rome que les poètes attendaient et obtenaient surtout protection et assistance. Mais, parmi tous ces patrons de la poésie, aucun n'égala Mécène, dont l'importance comme diplomate, homme d'État et cofondateur du nouvel ordre de choses, se trouva, dès la génération subséquente, éclipsée par la gloire d'avoir été, en même temps, le plus noble protecteur « des hommes voués à Mercure » ^ Ce qui peut avoir contribué à cette gloire, indépendamment de l'unanimité des louanges enthousiastes des poètes les plus considérables du temps, c'est aussi -la circonstance que Mécène, dans un âge plus avancé, oij, suivant Tacite, il lui restait plutôt l'apparence de la con-

' Suidas, Oppien. — Beruhardy^ Histoire de la littérature grecqm, II, 2, 659 (en allem.).

2 Horace, Odes, II, 17, 29.

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