‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 48 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES -LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES -LETTRES

fiance du prince que la possession réelle du pouvoir, étant retiré des affaires, eut sans doute plus de loisir pour reporter efficacement son intérêt de prédilection sur la littérature ^ Il sut, avec une merveilleuse sûreté de tact, distinguer, dans la -foule des poètes, les talents réellement remarquables, en partie même dès avant qu'ils n'eussent eu l'occasion de déployer leur génie, ce qui, peu facile à une époque où le dilettantisme poétique envahissait tout, devint plus difficile encore, quand on sut que le talent poétique était un moyen de gagner la faveur de cet homme puissant. Il faut que le nombre de ceux qui s'arrogèrent, dans ce but, avec plus ou moins de droit, le nom de poètes, ait été grand, puisque même la platitude et l'indiscrétion les plus vulgaires croyaient devoir recourir à cet expédient, et que l'on voyait se presser autour de lui des gens qui se vantaient, en guise de recommandation, de faire les vers plus vite et en produire une plus grande quantité que personne ^ Mécène choisissait ses amis, et les personnes admises à lui faire compagnie, sans distinction de naissance, de rang et d'avantages extérieurs ; cependant, il ne considérait pas uniquement le talent et l'instruction ; il savait tenir à distance, non-seulement les éléments impurs, mais tous ceux qui pouvaient apporter du trouble. Il n'y avait pas à Rome, dit Horace, de maison plus nette, plus exempte d'intrigue ; chacun y était à sa place, et aucun ne cherchait à éliminer l'autre \ Aussi n'y trouvait-on pas facilement accès. Horace, qui, après la bataille

* Tacite, Annales, III, 30; XIV, 52, 54. ' Horace, .Sa;., ï, 9, 23, elc.

' Ibidem, 48 à â2.

de Philippes, n'avait plus d'autre ressource que son talent, et auquel, comme il dit lui-même, le besoin avait donné la hardiesse de faire de petits vers, fut recommandé à Mécène par Virgile et Varius, ces bonnes âmes, par excellence, dont il estimait Famitié par-dessus tout. La première présentation fut courte ; le poëte^ qui avait pourtant alors presque vingt-sept ans, était si embarrassé, qu'il ne put exposer sa situation qu'en balbutiant. Quant à Mécène, il parlait généralement peu. Horace se croyait déjà oublié, quand, après un laps de trois trimestres, il reçut l'invitation d'entrer avec Mécène dans une relation intime, qui dura ensuite, sans jamais être troublée, plus de trente ans, jusqu'à la mort presque simultanée de l'un et de Tautre \ Mécène donna au poëte tout ce qu'il lui fallait et au delà^; il lui fît une position libre de soli« cis et lui procura un petit coin, dans une solitude charmante, avec un jardin, une source et un bois, sa «douce cachette ;), dans les monts Sabins; et tout cela, il le donnait sous la forme la plus délicate. Aussi quand, à un âge plus avancé, cet homme, toujours souffrant, de fréquentes insomnies notamment, et souvent troublé par des humeurs sombres, se montrait trop exigeant vis^à-vis d'Horace, dont la société lui était devenue presque indispensable, celui-ci pouvait-il, en y mettant la finesse et le ton affectueux qui convenaient dans la circonstance, parfois décliner catégoriquement les invitations pressantes de son ami, sans que Mécène lui en voulût jamais ^ Encore dans son testament, le ministre d'Auguste priait ce prince

• Horace, Sat., I, 6/ 60^ etc.; voir aussi I, 5, 40, etc. ' Le même, Épodes, 1, 31, etc.

* Horace ÉpîtreSf I, 7.

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