‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 58 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

grandes constructions \ Stace, le lendemain de l'érection de la statue équestre colossale de Domitien, au Forum, reçut ordre de présenter à l'empereur sa pièce de vers à ce sujet ^ Dans ces solennités, auxquelles assistaient des cercles nombreux, la poésie de circonstance faisait l'office du journalisme, qui n'existait pas alors. Les gens riches recouraient volontiers à ce genre de poésie, pour répandre dans le public des descriptions louangeuses de leurs superbes villas et de leurs beaux jardins, de leurs constructions magnifiques, ainsi que de leurs collections d'œuvres d'art et d'autres objets précieux % et il ne manquait probablement jamais de poètes toujours prêts à aller au-devant de leurs désirs. « Vous louez, Sabellus, en trois cents vers, » dit Martial (IX, 19), « le bain de Pontique, lequel donne de si bons dîners; c'est que vous n'avez pas envie de vous baigner, mais de dîner. » Mais, naturellement, la plupart des gens ne désiraient pas mieux que d'être chantés de butte en plan par un poëte célèbre, et il est probable que cela eut lieu plus d'une fois aussi sur une invitation directe *.

Plus une maison était grande et aristocratique, plus aussi devait-il y avoir, ordinairement, affluence de poètes, s'empressant de contribuer, chacun pour sa part, à une glorification qui en rehaussât l'éclat, dans les grandes circonstances. A la fête d'un mariage, dans la maison de

* stace, Silves, IV, 3 (Via Domitiana). ' Ibidem^ I, 1 et I pra;f.

^ Jbidemt I, 3 (Villa Tiburlina Manlii Vopisci) ; I, 5 (Balneum Claudii Elrusci, dans Martial, VI, 42); II, 2 (Villa Surrentina Pollii Felicis) ; II, 3 (Arbor Atedii Melioris) ; III, 1 (Hercules Surrentinus Pollii Felicis); IV, 0 (Hercules Epitrapczios Nonii Vindicis, dans Martial, IX, /i3, etc.).

* Ibidem, IV, 4 (Epislola ad Victor. Marcel lum); 5 (Carmen lyricum ad Septimium Scverum) ; V, 2 (Protreplicon ad Grispinum).

l'empereur Gallien, tous les poëtes, grecs et latins, débitèrent des épithalames pendant nombre de jours; mais, « parmi cent poëtes » , ce fut l'empereur qui remporta le prix, avec quelques vers de sa façon*. Bien que cette pai*ticipation des poëtes à la solennisation des fêtes fût, naturellement, plus large que partout ailleurs dans la maison impériale, elle paraît cependant avoir été très-large dans toutes les maisons aristocratiques en général, et l'on s'y amusait probablement aussi, tel étant le goût des Romains, djB la multitude des poésies de circonstance offertes. A la fête du mariage de Stella et de Violantilla, Stace somme toute la troupe des poëtes, en s'adressant surtout aux poëtes élégiaques, chantres de l'amour^, de se piquer d'émulation et de varier les modes de leur chant, selon la force de chacun sur la lyre. Du nombre, assurément considérable, de pièces de vers, dans lesquelles les poëtes de Rome contemporains, s'appliquant à leur tâche, chantèrent sur tous les tons la noce de leur collègue de haut parage, il n'est parvenu jusqu'à nous, outre la poésie de Stace, que celle de Martial. Mais, de même que dans ce cas, les deux poëtes ont, ailleurs aussi, dans les occasions les plus diverses, composé des pièces de vers sur les mêmes thèmes, pour les mêmes protecteurs et amis communs. Tous les deux ont pleuré la mort de l'affranchi favori d'Atédius Mélior et celle du vieil affranchi de la cour impériale Claude Etruscus; tous les deux, célébré la somptueuse

' H. A., Vie de Gallierif ch. xi.

- Stace, Silves, l, 2, 248, etc. — Dans Lucien {Lapithes, 21) un stoïcien, empêché de paraître à un repas de noce, y envoie un écrit avec prière d'en faire la lecture aux convives; après quoi l'un des assistants, un grammairien, lit à son tour un ridicule épithalame, dans le genre élégiaque.

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