‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 59 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES- LETTRES. iH · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES- LETTRES. iH

chambre de bain, construite par ce dernier, et une statuette de bronze de Lysippe, dont Nonius Vindex était l'heureux possesseur; tous les deux, présenté à la veuve de Lucain des poésies, pour la fête de son jour de naissance; et, quand réchanson de Domitien,reunuque Flavius Earinus, envoya ses cheveux coupés, dans un écrin garni de pierres précieuses, avec son miroir, au temple d'Esculape à Pergame, Stace composa, d'après le désir du donateur, un long poëme sur cet événement, qui forma, pour Martial aussi, le sujet de cinq petites pièces de vers^ Or, si nous voyons les deux seuls poètes du temps desquels nous connaissions les poésies de circonstance, traiter si souvent, et de propos délibéré, les mêmes sujets, il faut bien admettre que, dans les occasions extraordinaires, une multitude de poètes devaient, en général, se prendre d'enthousiasme, et qu'il pleuvait alors des poésies, petites et grandes, en vers de toutes les mesures.

Bien que Stace et Martial eussent leurs entrées dans les mêmes maisons, qu'ils en fissent un fréquent usage, et que chacun des deux ait dû être, bien souvent, témoin des succès obtenus par Tautre, on ne voit pas qu'aucun des deux fasse jamais mention de l'autre, lorsque tous les deux, cependant, prodiguent les éloges à nombre de leurs autres collègues du Parnasse. Il est évident qu'ils ne s'aimaient pas, et on comprend qu'il ne pouvait en êtreautrement > avec le contraste profond de ces deux natures, lors môme que le poëte espagnol, qui était déjà sur le retour de l'âge, eût été homme à se défendre de tout sentiment de dépit et de jalousie, auprès de la

« Genelhliacon Lucani : Stace, SUves^ U, 7, cl Martial, VU, 21 à 23 ; Gapilli Flavii Earini : Slives, III, 4, et M., IX, il à 13, 10 et 3».

gloire nouvelle du Napolitain plus jeune, qui menaçait d'éclipser la sienne. Martial a parlé, à plusieurs reprises, avec dédain, des grandes épopées mythologiques, sans ja^ mais nommer la Thébaïde de Stace. Tout le monde, ainsi s'exprime-t-il à ce sujet, les loue et les admire, mais mes épigrammes on les lit. Dans ces poëmes-là, on ne trouve que des productions monstrueuses de l'imagination, tandis que lui Martial, prenant la vie humaine sur le vif, était l'homme qu'il fallait lire absolument, pour arriver à se connaître soi-même et à comprendre son temps. Prendre des épigrammes pour des badinages, c'est se méprendre sur le caractère de ce genre de poésie ; en réalité, c'est le poëte prenant pour sujet des mythes et des fables qui badine. Les grandes figures des épopées sont des figures gigantesques, mais des géants d'argile; lui ne faisait, il est vrai, que des figurines, mais de petites figures vivantes. Dans ses petits écrits, exempts d'enflure et de pathos, sa muse ne se pavanait pas avec une robe à queue, bouffante et absurde. Que les gens sérieux et par trop austères, que l'on trouve encore à minuit près de leur lampe, continuent donc de traiter à leur aise des sujets, hautement tragiques et sublimes, de mythologie grecque ; quant à lui-même, il n'avait d'autre ambition que d'assaisonner, avec le sel de l'esprit, des poésies foncièrement romaines, et il se contentait des airs de sa modeste flûte pastorale, puisque les modulations en étaient plus remarquées que les sons de trompe de tant d'autres*.

» Martial, IV, 9, où, comme dans un autre passage (V, 53), il se pouvait bien cependant que le poëte eût également en vu€ la tragédie; puis VIII, 3, IX, 50, X, 4.— Voir aussi XIV, 1.— Ces épigrammes appartiennent à la période de 88 à 97. La ThébaUe^ à laquelle Stace travailla

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