LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES
des injures violentes et des outrages grossiers contre de nobles personnages et de nobles dames \ Cette perfidie pouvait lui faire d'autant plus de tort dans l'opinion de ses protecteurs^ qu'il avait, d'ailleurs^ continuellement à craindre, même sans cela, que des personnes à la faveur desquelles il tenait, ne s'appliquassent les traits mordants de ses épigrammes ; de là, ses protestations réitérées qu'iln'y a jamais en vue une personne déterminée ^
Outre ces aperçus et de semblables, que les poésies de Martial procurent sur le mouvement des cercles qui avaient leur rendez-vous au lieu de réunion des poètes [schola poetarum) *, ou au portique du temple de Quirinus% elles fournissent encore beaucoup d'autres renseignements, sur les intérêts et les tendances littéraires de l'époque. Ces épigrammes, les poésies contemporaines de Stace, publiées de 90 à 96% et les lettres de Pline le
' Martial, VII, 12, 72; X, 3, 5, 33.
2 Voir aussi I, prœfamen.
3 m, 20; IV, 61.
* Note chronologique sur la composition des Épigrammes de Martial et des Silves de Stace. — Voici l'ordre des dates que M. Friedlœnder, se fondant sur ses propres investigations, ainsi que sur celles de Stobbe, deMommsen et de Hirschfeld, pour Martial, croit pouvoir admettre dans la publication des différentes parties de ces deux recueils :
Le livre le plus ancien de Martial parait être celui des Spectacles, que Borghcsi {Œuvres^ III, 382) rapporte aux spectacles donnés en l'an 80 par Titus, pour l'inauguration de son amphithéâtre; cependant, il contient aussi des épigrammes du règne de Domitien, probablement introduites dans une édition postérieure. Les livres XIII et XIV des Épigrammes suivirent en décembre 84 ou 85, les livres 1 et II du môme recueil en 86, et le livre III en 87. Le livre IV parait avoir été publié pour l'anniversaire du jour de la naissance de Domitien (24 octobre) en 88, le livre V en automne 89, le livre VI en été ou en automne 90, VII en décembre 92, VIII vers le milieu do u3, et IX en été 94 ; une première édition (perdue) du livre X en 95 et le livre XI en 96, l'un et
Jeune, qui, appartenant à la période de 97 à 108 ou 109, se rattachent, sans lacune, à l'œuvre de ces deux poëtes, nous font connaître notamment l'intérêt de la société instruite pour la poésie^ au temps de Domitien, de Nerva et des premières années du règne de Trajan, plus exactement que pour toute autre période. Mais les phénomènes qui en ressortent, caractéristiques pour cet intérêt comme pour le mouvement littéraire en général, ne sont pas, précisément, propres à cette période seule, mais paraissent essentiellement communs ou applicables à tout le temps écoulé depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui d'Adrien. Ils confirment également l'observation que l'on accordait alors à la poésie une importance plus haute et une influence plus grande, sur l'éducation en général, que de nos jours.
La première impression que l'on reçoit est celle d'une activité et d'une fécondité excessives, sur tout le domaine de la littérature poétique, dont toutes les parties étaient cultivées, àl'envi, par nombre de poètes de profession ou
l'autre au mois de décembre, pour les Saturnales. Une anthologie de ces deux derniers, pour l'empereur Nerva, parut en 97, la nouvelle édition du livre X pour le public (celle que nous possédons), vers le milieu de l'année suivante, après l'avènement de Trajan. Le livre XII n'a été publié que vers la fin de 101 ou au commencement de 102, après que Martial eut quitté Rome, et peu de temps avant sa mort. Une partie des épigrammes qu'il contient ont été composées en Espagne.
Quant aux Silves (Mélanges ou poésies diverses) de Stace, le livre I,' composé avant la fin de 89, ne parut qu'à la tin de 91 ; le livre II, écrit entre la fin de 89 et l'automne de 90, qu'en l'an 92 ou 93, c'est-à-dire, probablement, vers la même époque que la fin de la Thébaïde. Le livre 111, comprenant des poésies de 91 à 93, pourrait avoir été publié dans le cours de l'été de l'année 94 ; enfin, les livres IV et V l'ont été, l'un adressé à Victorius Marcellus, dans le cours de l'année suivante, l'autre dédié à Abascantus, certainement encore avant la mort de Domitien (18 septembre 96).