‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 62 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

de simples amateurs, rivalisant entre eux. Aussi Juvénal, dans l'éclat de son désespoir, à propos des récitations continuelles, nomme-t-il des poésies des espèces les plus diverses, que l'on était condamné à entendre, journellement : tel lisant une Théséidey tel autre des comédies romaines, un troisième des élégies; une tragédie de Télèphe,un Oreste, dont on ne voit pas la fin, occupant toute la journée, et les colonnes ainsi que les platanes d'un péristyle, à l'usage des faiseurs de lectures, retentissant continuellement de la description des combats des centaures, du jugement des morts et de la conquête de la toison d'or*. Beaucoup de poëtes s'essayèrent dans plusieurs genres, en même temps. Un nommé Varron, par exemple, était, d'après Martial (V, 30), également distingué comme poëte tragique et mimique, lyrique et élégiaque, et le Gaditain Ganius Rufus avait, à ce qu'il paraît, un talent non moins varié ^ Manilius Vopiscus écrivit des poésies lyriques et des poëmes épiques, des satires et des épîtres ^, Pollius Félix des hexamètres, des épodes ou distiques et des ïambes \ Outre les genres les plus courants, on en mentionne de plus rares et de plus extraordinaires, tels que la comédie aristophanique, le mimïambe^ Beaucoup de poëtes composèrent aussi en grec : ainsi Brutien ' et

* Juvénal, 1, 1, etc.

« Martial, III, 20, 5 : 1 ;; ,

An œmulatur improbi jocos Pha5dri?

Lascivus elegis, an severus herois ?

An in cothurnis horridus Sophocleis?

Voyez au8»i, sur le mémo po«te, I, oi, et III, 64.

> Stace, Sïlvetf I, 3, 100, etc.

« Ibidem, \\, 114, etc.

' Pline le Jeune, Lettres, VI, 21 (Virgilius Romanus).

• Martial, IV, 23.

Arrius Anton in ^ desépigrammes; Vestricius Spurina, des poésies lyriques \ et Ganinius Rufus, un poëme épique sur Ja guerre contre les Daces. Martial, Stace et Pline le Jeune ne nous font connaître, du reste, comme il va sans dire, qu'une petite partie des poètes du temps, et le nombre des poètes lyriques et satiriques en renom doit avoir été particulièrement très-considérable , d'après Quintilien % qui distingue aussi Pomponius Bassus \ parmi les poëtes tragiques. Il nous reste à nommer encore Septime Sévère^ et Passennus PauP, comme poëtes lyriques, ainsi que Turnus, comme auteur de satires en vers. Mais, de tous les genres, le genre épique paraît avoir été le plus cultivé, l'épopée mythologique surtout. Aussi, lespoëmes qui se sont conservés de cette époque, consistent-ils principalement en grandes épopées, toutes, à l'exception des Guerres puniques de Silius, de l'espèce mentionnée : ainsi les Argonautiques de Valérius Flaccus, comme la Thébaide et VAchilléide de Stace. Ce que Juvénal dit des récitations, semble également témoigner de la prépondérance acquise par le poëme épique. Indépendamment de l'autorité de Virgile, dont on croyait pouvoir le plus facilement, dans ce genre, rendre la forme, adoptée pour niodèle, l'école dirigeait, nécessairement aussi, les tendances poétiques sur le domaine du mythe grec. Puis, l'abondance de sujets poétiques, offerte par cette mythologie, facilitait la mise en œuvre de ce genre, pour

' Pline le Jeune, Lettres, IV, 3.

2 Ibidem, VIII, 4.

3 X, 1, 94 : Sunt et clari hodie, et qui olim nominabuntur; 96: (CcTesium Bassum) longe prœcedunt ingénia viventium.

" Ibidem^ 98 : eorum quos viderim longe princeps.

* Stace, Silves, IV, 5, 60.

" Pline le Jeune, Lettres, IX, 22, 2.

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