‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 64 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

les appelle des badinages, mais ces badinages donnent souvent plus de gloire que les choses graves. Aussi les plus grands orateurs, voire même les plus grands hommes, se sont- ils souvent exercés ou divertis de cette manière, ou s'y sont-ils, pour mieux dire, appliqués à ce double effet. Car il est étonnant de voir comment l'esprit se tend et se rafraîchit en même temps avec ces babioles, dans lesquelles il y a place pour l'expression de l'amour, de la haine et de la colère, l'esprit et la compassion, en un mot, tout ce qui émeut dans le cours de la vie, ainsi qu'au Forum et devant les tribunaux. Elles offrent aussi, comme les autres poésies, cet avantage que l'on se délecte d'autant plus de la prose, après être délivré de la contrainte qu'impose la construction métrique des vers, et que l'on aime d'autant mieux écrire, ensuite, les choses dont on a reconnu, par comparaison, la facilité. »

Même abstraction faite de ces exercices poétiques, la poésie des amateurs de versiflcation, et des poètes proprement dits même, consistait, en grande sinon en majeure partie, dans la reproduction des modèles classiques, latins ou grecs ; or, dans ce dernier cas, elle n'était probablement, souvent, qu'une traduction plus ou moins libre, et l'on avait pleine conscience de cette reproduction. En effet, tandis que, de nos jours, même les poètes amateurs visent d'autant plus à l'originalité d'apparence , qu'ils se sentent moins capables d'en déployer une réelle, les poëtes latins, des temps postérieurs , étaient d'autant plus éloignés de cette tendance , que la transplantation ries fleurs de la poésie hellénique sur le sol natal avait été, de tout temps, le but de leurs plus grands devanciers. Or si< sur tous les domaines de l'art antique, le respect de la tradition était tel que les formes une fois trouvées, et re-

connues pour modèles, avaient en quelque sorte la force de lois obligatoires, contre lesquelles aucun artiste n'osait s'élever, et qui excluaient tout arbitraire ; si l'imitation, la copie et la reproduction passaient, par cela môme, pour légitimes et parfaitement admissibles , et le travail , ainsi que l'étude de ces formes reçues, était regardé, jusqu'à un certain point , comme suffisant pour suppléer au manque d'originalité : tout cela s'applique, particulièrement aussi, à la poésie latine de toute la période qui suivit le règne d'Auguste. De même qu'Ennius et Virgile avaient imité Homère , les poètes épiques postérieurs composèrent, sous le charme du prestige exercé par Virgile sur toute leur époque. Silius Italiens révérait son image plus que celles de tous les autres grands hommes, fêtait l'anniversaire de la naissance de ce poëte plus consciencieusement que celui de son propre jour de naissance, et abordait son tombeau, à Naples, comme un temple * . Stace, qui, à la fin de sa Thébaide , implore pour ce poëme le bénéfice de l'immortalité, ajoute que son ambition se borne à ce qu'elle suive , ne fût-ce que de loin, la divine Enéide^ et s'attache, avec un saint respect, aux traces de cette œuvre immortelle ^ Dans d'autres branches aussi, les poètes obtenaient les plus grandes louanges, pour avoir imité, avec bonheur, un grand modèle. Passennus Paul, ami de Pline le Jeune, s'appliquait, avec ardeur, à l'imitation des anciens en général , les copiait et les reproduisait, surtout Properce, de la famille duquel il était issu, et qu'il fut plus que tout autre près d'égaler, précisément dans la spécialité où Properce s'était particulièrement distingué; ses élégies étant.

1 Pline le Jeune, Lettres, III, 7.

2 Stace, Thébaïde, XII, 816, elc.

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