‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 66 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

toire delà genèse, de ce « printemps de lyrisme attardé, » fait toucher du doigt comment, alors, tout intérêt \if pour la littérature attirait, nécessairement, vers la poésie les natures les plus positives et les moins poétiques. 11 s'était, antérieurement déjà, plusieurs fois essayé en vers. Il ne pouvait guère en être autrement, à une époque dont la culture était tellement saturée d'éléments poétiques, avec la tendance de son esprit qui, en tout temps, aspirait à la distinction littéraire. « Vous dites, » écrit-il à un ami, « avoir lu mes hendécasyllabes, et demandez ce qui m'a pris d'écrire de pareilles choses, moi, que vous regardez comme un homme sérieux et qui ne suis, je le reconnais moi-même, pas précisément un sot. Jamais (il faut que je reprenne les choses d'un peu haut) je ne suis resté étranger à la poésie. J'ai même écrit une tragédie grecque, h Tâge de quatorze ans. Gomment était cette pièce? me demanderez-vous. Je ne sais pas trop moimême; assez donc : bref, cela s'appelait une tragédie. Puis, à mon retour du service militaire, quand je fus retenu par des vents contraires dans l'île d'Icarie, j'écrivis des élégies latines, sur cette île et la mer qui la baigne. Je me suis aussi déjà, une fois, essayé en hexamètres, comme maintenant, pour la première fois, en hendécasyllabes, et, pour vous dire l'origine de cette fantaisie, voici à quelle occasion : A ma villa, près de Laurente, je me fis lire une fois le livre d'Asinius Gallus, contenant le parallèle de son père et de Cicéron. Une épigramme de ce dernier sur son affranchi favori, Tiron, m'y frappa. M'étant ensuite retiré à midi, pour faire ma sieste, car Vêtait en été, et ne pouvant dormir, je commençai à ré^ fléchir sur ce fait, que les plus grands orateurs ont pratiqué ce genre d'activité littéraire, pour leur plaisir, et en

ont tiré gloire. Je méditai la chose et, à ma grande surprise, je réussis, en très-peu de temps, bien que j'en eusse depuis si longtemps perdu la pratique, faute d'exercice, à exprimer en vers les deux pensées qui m'avaient poussé à écrire \ » Les hexamètres, dans lesquels il explique comment l'exemple de Gicéron l'a déterminé à se laisser aller à la pétulance et à la malice dans ses poésies, sont prosaïques et lourds d'un bout à l'autre, et ses hendécasyllabes doivent avoir, selon toute probabilité, offert un exemple encore plus décourageant de ce qui peut résulter de l'envie d'un pédant de se laisser aller et de prendre un air dégagé. « Je me mis ensuite, » continue Pline, dans la même lettre, « à faire des poésies élégiaques, et, comme j'en vins à bout tout aussi promptement, je me laissai entraîner par cette facilité à joindre à ces productions d'autres encore, qu'à mon retour en ville j'y lus à mes connaissances, auprès desquelles elles eurent du succès, plus tard, j'essayai de différents mètres, quand j'avais du temps de reste, surtout en voyage. Finalement je me décidai, d'après l'exemple de tant d'autres, à faire un recueil à part d'hendécasyllabes, et je ne le regrette pas;* car il est lu, copié ainsi que chanté, et même débité avec accompagnement tantôt de la cithare, tantôt de la lyre, par des Grecs qui ont appris le latin par amour pour ce petit livre. Mais pourquoi cette gloriole? On pardonne, il est vrai, aux poètes d'être un peu enthousiastes, et d'ailleurs je ne parle pas ici de mon propre jugement, mais de celui des antres qui, juste ou faux^ m'est agréable. Je ne puis désirer qu'une chose : c'est que la postérité juge ou se trompe de la même manière. » Plus tard, Pline

' Pline le Jeune, Lettres, VII, 4.

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