‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 67 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

publia encore un recueil de petites poésies en vers de différents mètres, ou du moins s'occupa des préparatifs de cette publication ^ La lecture en dura deux jours, par suite du désir des auditeurs de ne pas la voir interrompue ; car Pline ne faisait pas comme d'autres, qui sautaient une partie et s'en prévalaient, comme d'un service abrégeant la corvée de l'auditoire ; il lut tout, mû par le désir de tout améliorer, qu'il n'eût pu satisfaire, en ne soumetr tant que des morceaux de choix à la critique de ses amis *. Voilà avec quelle promptitude des poètes amateurs, conduits à des essais poétiques par le désir d'occuper spirituellement leurs heures de loisir, par l'esprit d'imitation, ce qu'ils avaient lu d'œuvres littéraires, leur facilité à tourner les vers, l'exemple d'autrui et la tendance au perfectionnement en général, arrivaient, alors, à s'imaginer qu'ils étaient de véritables poëtcs, quand ils avaient la vanité de Pline, et qu'ils étaient, comme lui, de grande maison ou riches. Avec un dilettantisme devenu aussi général, le succès et l'indulgence ne faisaient que rarement défaut.

Or, ce n'était certes pas, alors, une exception de voir des hommes de qualité, dans de hautes positions et des charges encombrées d'affaires, consacrer encore, môme à un âge plus avancé, leurs heures de loisir à la poésie. Si Pline le Jeune, en rapportant le brillant ^iccès de Galpurnius Pison, avec ses poésies élégiaques sur les constellations, fait observer qu'il en parle avec d'autant plus de plaisir qu'un pareil succès est beau, pour un si jeune homme, et rare dans la haute noblesse ', cela doit s'en-

' Pline le Jeune, Lettres, VIII, 21.

* Mommsen, /. c, iOG, 3.

3 Pline le Jeune, Lettres, V, 17.

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tendre ainsi : que, parmi cette multitude de poëtes lesquels, pendant des mois entiers, ne laissaient pas passer un jour sans se produire en public, il y en avait, sans doute, relativement peu de famille noble, et que les poëtes amateurs de condition, en particulier, ne doivent avoir eu que rarement le temps et l'envie de se lancer dans les grandes entreprises poétiques. Des consulaires du temps, qui firent de L^ poésie en amateurs, nous connaissons déjà, outre Pline et Silius Italiens, Stertinius Avitus, Arruntius Stella et Arrius Antonin, vieillard fort âgé déjà. Rutilius Gallicus, le préfet de la ville, mort vers l'an 90, était aussi poëte\ Vestricius Spurina, qui avait administré les plus hautes charges, gouverné des provinces^ et obtenu, de Nerva probablement, la distinction d'une statue d'honneur, qui le représentait en costume triomphal, consacrait encore, à l'âge de soixante-dix-sept ans, tous les jours, entre la promenade et le bain, quelque temps à la composition de poésies lyriques, en grec et en latin, excellentes au jugement de Pline ^ Le chevalier Titinius Capiton, qui remplit, sous les règnes de Domitien^ de Nerva et de Trajan, les fonctions extrêmement laborieuses de secrétaire de l'empereur, trouva moyen d'être, avec cela, une des colonnes de soutien de la littérature, protecteur et promoteur de tous les gens de lettres et poëtes, prêtant sa maison pour des lectures, suivant celles des autres, lisant lui-même, et de plus composant de remarquables pièces de vers, à la gloire des grands hommes ^ L'affranchi Parthénius, grand camérier de Domitien, et

Stace, Silves, I, 4, 29, etc.

Lettres, III, 1, — Mommsen, p. 39, etc.

Pline le Jeune, Lettres, I, 17; VIII, 12,

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