‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 7 sur 241 · LIVRE X. LES BELLES-LETTRES. i · texte numérisé non relu

LIVRE X. LES BELLES-LETTRES. i

plus sûr est de s'abstenir complètement d'une pareille lecture, car^ sur un terrain glissant, on a toujours fort à craindre que le pied ne glisse » .

Le point de vue d'Aulu-Gelle était, en somme, le même que celui de Fronton ; aussi a-t-il cru devoir mentionner une fois Sénèque, pour se prononcer fortement et expressément contre lui. Il pense que c'est bien assez de rapporter en passant les jugements désapprobateurs de cet homme c( insipide et insensé » sur Ennius, Virgile et Cicéron*; quant à Lucain, il ne le nomme nulle part; mais Aulu-Gelle, bien qu'il fût un grand pédant, n'était nullement aussi dépourvu de goût, ni aussi borné que Fronton; il admirait Virgile non moins qu'Ennius. Il ne mentionne, à vrai dire, guère d'autres poètes du siècle d'Auguste, sauf Horace auquel il fait l'honneur de citer un passage de ses vers, à l'appui de la dénomination d'un vent \

Ainsi s'était accomplie, dans le cours d'une centaine d'années, toute une révolution du goût, à tel point que les écrivains et les poètes admirés et imités au premier siècle de notre ère, étaient méprisés ou ignorés au deuxième, et vice versa. Le nombre des poètes que les deux époques s'accordaient à admirer ne paraît pas avoir été bien grand ; parmi eux figurait, outre Virgile, dont la grandeur n'était pas contestée, même par ceux qui affectaient l'amour de la vieille littérature, particulièrement Catulle, qu'affectionnaient aussi les modernes, et que Martial notamment a imité plus que tout autre. Juvénal est le dernier des modernes; il se souvenait encore très-bien de l'époque

< Aulu-Gclie, XII, 2.

* Ibidem, II, 22.

OÙ Stace, le poëte épique célébré du parti, au temps de Domitien, charmait toute la ^ille de Rome par l'annonce qu'il allait faire une lecture de sa Thébaïde^ comment tous y affluèrent et tout le monde y fut ravi, à tel point que les sièges s'écroulaient sous les trépignements frénétiques des auditeurs \ Or^ dès l'époque de la génération suivante, Stace était complètement oublié, et^ quant à Lucain, il paraît que, sous Adrien déjà, on avait depuis longtemps cessé de le lire à l'école '. Toujours cependant plusieurs des modernes conservèrent-ils des amis et des lecteurs : ainsi, par exemple, Élius Vérus affectionnait, à côté de la lecture d'Ovide, surtout celle de Martial, qu'il appelait son Virgile à lui ^ ; mais les amis des lettres appartenant à cette direction n'étaient, sans doute, guère nombreux au deuxième siècle. Ennius, auquel Quintilien croyait avoir rendu suffisamment hommage en le laissant passer comme une vénérable antiquité, était maintenant dans toutes les bouches. Des lecteurs d'Ennius [Ennianistss) parcouraient l'Italie, allant de place en place, et Aulu- Gelle* raconte comment un d'entre eux lut, au théâtre de Pouzzoles, les Annales d'Ennius, aux grands applaudissements du public. Les grammairiens ou philologues devaient être, avant tout, ferrés sur Ennius ^ Fronton, dans une lettre de l'an 161 à son ancien élève, Tempereur Marc-Aurèle, qui était allé pour quelques jours à Alsium, afin d^'y chercher de la récréation, se- représente ce prince

1 Juvénal, VU, 82-86.

^ Suétone, Vie de Lucain : Poemataejus prselegi memini.

3 Histoire Auguste, Vie d' Élius Vérus, ch. v.

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