‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 70 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

au caractère particulier de sa tendance, essentiellement nationale, elle n'en exerça pas moins aussi une grande influence sur le monde romain, par suite du respect traditionnel des Romains pour l'autorité des Grecs, sur tout le domaine de la vie intellectuelle et, particulièrement, sur celui de la littérature, de leur dépendance du jugement des Grecs, et de leur désir, alors peut-être plus \if et plus ardent que jamais, de s'approprier les avantages de l'éducalion grecque. De même qu'ils avaient été, de tout temps, à l'école des Grecs, au moins depuis qu'ils avaient commencé à porter aussi chez eux l'éloquence à la hauteur d'un art, de même ils devaient, encore maintenant, s'efforcer de profiter du dernier perfectionnement opéré par les Grecs dans l'art d'exposer les sujets. Nombre de jeunes gens se rendirent, d'Italie et des provinces occidentales de l'empire, à Athènes et dans les autres foyers de l'instruction grecque, pour y gagner le dernier poli de l'éducation, en suivant les cours des professeurs les plus prônés \ D'ailleurs, ceux-ci prirent eux-mêmes l'habitude de faire des tournées littéraires, pendant lesquelles ils se produisaient, régulièrement, à Rome et dans d'autres grandes villes de l'Occident, où ils se décidaient même à prendre temporairement leur domicile. Il y avait surtout, à Rome, la chaire d'éloquence grecque, que même les plus célèbres d'entre eux se faisaient gloire de briguer. Philostrate nomme, parmi ceux qui l'occupèrent, le Gilicien Philagre, le Phénicien Adrien, le Gappadocien Pausanias de Gésarce, le Smyrniote Euhodianus, et Aspasius de Ravenne '. Ce

< Aulu-Gelle, XVII, 20, l : Taurus mihi : Heus, inquit, tu rhetorisce... die eoim me in principio recens in diatriben acceptum appellitabat, existimans cloqtienlisu iiniuH extundendui gratta Alhenas venisse.

* Vies des sophistes, H, 8, éd. K,, p. 261, etc. ; 11» 10, p. 256; II, 13, p. 2ô8 ; II, 16, p. 200 ; 11, 33, p. 274.

qui ne contribua pas moins à rehausser les professeurs grecs dans la considération des Romains, ce furent, avec l'intérêt que leur portaient ostensiblement les empereurs, les distinctions et les présents dont ils les comblaient, le prix qu'ils attachaientàles avoir pour précepteurs de leurs héritiers présomptifs * , les hautes positions telles que, notamment, celle de chefs du département grec au secrétariat impérial, qu'ils leur conféraient, ainsi que la politesse, l'indulgence, la patience avec laquelle ils supportaient leurs prétentions, souvent ridicules et parfois même insolentes. De l'autre côté aussi, toute cette manière d'être des empereurs avec les sophistes est de nature à faire supposer que l'on devait avoir, généralement, conçu pour les travaux de ces derniers, dans les classes lettrées du monde romain, une très-haute estime, non moins partagée par les empereurs que les autres tendances et directions des intérêts prédominants du mouvement de civilisation de l'époque. Adrien, le plus grand admirateur des Grecs, en môme temps que le dilettante le plus zélé en fait d'activité littéraire, était particulièrement aussi l'ami des sophistes, et le biographe Philostrate fait de lui cet éloge , qu'il était , de tous les empereurs des premiers temps, le mieux fait pour comprendre et encourager des talents remarquables^ Trajan avait conféré au célèbre Polémon l'immunité de droits et de taxes, pour tous ses voyages; Adrien déclara ce privilège transmissible à ses descendants, le reçut à l'académie, dite musée, d'Alexandrie, acquitta pour lui, spontanément, une dette de 250,000 deniers, et ne borna pas

• H. A. Vita M. Antonini, c. ii ; VeruSj c. n (Hérode Atticus) ; Philostrate, Vies des sophistes^ II, 24, 2 (Antipater).

2 Vie d'Adrien, ch. xvi. — Philostrate, Vies des sophistes, I, 8 ; I^ 22,3..

Page 1