‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 73 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

Le deuxième, Fronton, l'admirateur de Polémon \ s'est essayé dans plusieurs des formes dont les sophistes usaient pour faire parade de leur art. Telles étaient,, outre le conte mignard % surtout des lettres écrites ou sous le nom de l'auteur même, ou sous les noms et dans le caractère des personnes, des conditions et des classes les plus diverses. De Fronton, nous avons aussi des lettres écrites

et 134 environ. Il prit la toge virile dès l'âge de 15 à 17 ans, eut à Rome des leçons des rhéteurs Antoine Julien et T. Castricius, ainsi que du grammairien Sulpice Apollinaire, auquel il s'attacha à l'âge de 17 ou 18 ans, et dont il resta l'élève pendant environ sept ans. Dans le grand nombre de personnes mentionnées dans ses écrits à des titres divers, on voit encore figurer Erucius Clarus, qui fut deux fois consul et préfet de la ville après 146, Fronton et le poète Annien, comme plus tard aussi le docte Jules Paul. A l'âge de 25 ans, Aulu-Gelle, nommé juge à Rome {Judex extra ordinem), se tourna vers la jurisprudence. Vers la même époque, il se lia avec le sophiste Favorin, pendant que l'école de Sulpice Apollinaire, à la mort de celui-ci, passait sous la direction de son élève Pertinax, le même qui, n'ayant pas tardé à quitter l'enseignement pour la carrière militaire, fut ultérieurement porté par celle-ci à l'empire. Le voyage d'Aulu-Gelle en Grèce parait devoir être placé entre les années 160 et 164, sous le règne de Marc-Aurèle et Lucius Vérus {duo Augusii). A Athènes, où il .fut re-commandé à Hérode Atticus, il vit encore le fameux Pérégrinus Protée, qui se brûla solennellement, par ostentation, aux jeux Olympiques de l'année 165, et prit des leçons du platonicien Calvisius Taurus de Béryte. Il recueillit, sans doute pendant ce séjour, beaucoup de matériaux pour son recueil intitulé Nxills attiqucs. Cependant, il est probable que cet ouvrage fut composé non pas en Grèce, mais à Rome ou dans les environs de cette capitale, à Préneste, où l'auteur avait une propriété, et que celui-ci ne le termina qu'à un âge plus avancé, en aucun cas avant l'an 175 de notre ère, sur la fin du règne de Marc- Aurèle, sous Commode, ou peut-être même seulement sous Pertinax. Un «ait, par sa préface, qu'il s'était marié et avait des enfants; mais l*cpoque de sa mort est incertaine. —On peut voir, sur lui, l'article Cellius de Bajhr, dans la grande Encyclopédie allemande d'Ersch « t Gruber.

' Fronton, Ep. ad Marcum Cxsarem^ II, 10 (Polemonis tui quoniam meminiati). — Voyez aussi la lettre de Vérus, H, 5, éd. N.

' Fronton, De /e/., AU., p. 228 et 236 ; éd. N, (Arion).

en grec. Ses éloges de la poussière, de la fumée et de la paresse sont aussi des essais dans la manière paradoxale des sophistes, se complaisant à priser des choses nuisibles,

• viles et sans utilité. Le troisième, Apulée, enfin, qui s'était, comme il dit lui-même, approprié la culture hellénique, à Athènes, dans la plus large mesure, a pris précisément pour tâche de sa vie entière de faire de l'art dans la prose latine, comme les sophistes en faisaient dans la grecque ^ L'alliance de la philosophie avec l'éloquence, à laquelle il doit principalement la haute considération qu'il gagna, auprès de ses contemporains et de la postérité, se rencontrait, assez souvent, aussi chez les sophistes grecs. Comme eux, il voyageait de ville en ville, débitant des leçons préparées de longue main. Il s'est même conservé de lui un recueil de morceaux de parade et de préambules, travaillés avec le plus grand soin. Gomme les sophistes, il tirait aussi parti de son art en justice. Même son ouvrage capital, le roman de la Métamorphose y c'est-à-dire de Lucius transformé en âne, n'est autre

' chose qu'une pièce de montre et de parade sophistique : car les sophistes employaient aussi cette forme pour déployer les avantages de l'art d'exposer, en prose, des sujets de nature diverse. Dans ce roman aussi, le but c'était l'exposition de cet art, le sujet n'étant qu'un moyen de faire valoir l'habileté de l'écrivain. Comme les romans grecs, celui d'Apulée n'est qu'un tissu très-lâche de scènes et d'aventures de tout genre, cousues ensemble, et fournissant à l'auteur Toccasion de montrer son art, tantôt dans des récits comiques ou tragiques, obscè-

' Selon la remarque fort juste de Kretschmann, De latinïtate Apuleji, p.7.

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