‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 74 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

nés ou horribles, tantôt dans la description de scènes de la nature ou d'œuvres d'art, tantôt dans des dialogues et des discours.

Si la tentative d'Apulée, de transplanter Fart des sophistes grecs sur le fonds de la littérature latine, est la preuve la plus frappante de l'influence extraordinaire que le nouvel art grec ne laissait pas d'exercer sur le monde lettré en Occident aussi., tout l'œuvre de cet auteur montre, en même temps, combien la domination de cette forme devait, nécessairement, préjudicier à l'importance que la poésie avait eue jusque-là. Personne ne niera, certes, qu'Apulée ne fût une nature heureusement douée pour la poésie, mieux douée, assurément, que la plupart des poètes postérieurs à l'âge d'Auguste, dont les œuvres nous sont connues. Déj à le choix d'un conte populaire, tel que celui d'Amour et Psyché, pour sujet d'un de ses récits, et la prédilection avec laquelle il Ta traité, témoignent d'une certaine intelligence, probablement très-rare à cette époque, de ce que valent même ces fleurs sauvages de la poésie, que les grands horticulteurs du Parnasse et les admirateurs de ceux-ci affectaient d'ignorer, dans leur dédain superbe. Il est vrai qu'Apulée s'est, d'aiUeurs, essayé également en vers, dans tous les genres de poésie, ayant fait, comme il dit lui-môme ^ aussi des poëmes épiques, des poésies lyriques, des comédies et des tragédies, des satires et des énigmes; mais sa gloire, pourtant, il ne l'a cherchée et trouvée que dans ses écrits en prose. Arrivant un siècle ou seulement un demisiècle plus tôt, il aurait, très-probablement, briflé comme poète. Mais, de môme que la direction imprimée à l'épo-

* Floride», l, 9, 37,

iSO CIVILISATION ET MŒURS ROMAINES.

que antérieure avait eu assez d'empire pour attirer, vers les sentiers fleuris de la versification, même des pédants sans aucune verve, tels que Pline le Jeune, de même c'était maintenant l'art de la prose qui exerçait, sur le talent, une attraction irrésistible, et parvenait même à le détacher de la sphère où il s'était tant plu. Gela n'empêche pas, toutefois, qu'Apulée, dans le choix de ses sujets comme dans sa manière de les traiter, ne se soit toujours tenu le plus près possible de la poésie. •

Avec la renaissance de la culture antique, la poésie latine du siècle d'Auguste et des époques suivantes regagna, dans le monde moderne, autant d'estime et de faveur qu'elle en avait jamais eu dans l'antiquité. Tandis qu'Homère, Pindare, Eschyle, Sophocle, Théocrite restaient peu connus, pendant des siècles, et étaient encore moins compris, on reconnaissait généralement, pour modèles suprêmes, Virgile, Horace, Ovide et Juvénal. Avec la remise en honneur de la poésie latine et la restauration de son influence sur l'éducation générale, reparurent toutefois aussi beaucoup de phénomènes ayant leur raison dans le cas que faisait, de la poésie, le monde lettré de la période de l'antiquité romaine qui nous occupe. Ce furent les humanités qui, tout d'abord, rétablirent la liaison intime de la poésie avec la science et l'érudition . Dans ce nouvel ordre d'enseignement aussi, l'étude de la poésie fut considérée comme l'élément le plus important de la culture

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