‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 80 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

divinité le Cosmos u éternel et sacré dans son immensité et son infinité » , en même temps que « la création de la nature et la nature même », puis comme râm.e et le principe dirigeant du monde, le soleil. C'est donc uniquement la faiblesse humaine qui porte les hommes à s'enquérir de l'image et de la figure de la divinité. Mais, quelle que soit celle-ci, si tant est qu'il en existe une en dehors de la nature, et quelque part qu'elle réside, il faut qu'elle soit toute vigueur et tout esprit. Il est encore plus insensé de croire à des dieux innombrables et de personnifier, en les divinisant, des qualités humaines telles que la concorde, la chasteté, l'espérance, l'honneur, la clémence : c'est que la fragile et défaillante humanité, dans la conscience de sa faiblesse, a partagé la divinité une, afin que chacun puisse révérer celle de ses faces qui lui fait le plus défaut. Aussi trouvons-nous que l'on adore les mêmes dieux, sous des noms différents, chez des peuples divers, et une multitude infinie de dieux chez les mêmes peuples, voire même, par crainte, des maladies et de mauvaises chances divinisées, comme la fièvre et le malheur de devenir orphelin. Or, comme à la foi en ces divinités vient encore s'ajouter la croyance à des dieux et déesses tutélaires de tous les hommes et de toutes les femmes en particulier, il s'ensuit qu'il y aurait plus de dieux que d'hommes. Toute la mythologie n'est qu'un radotage puéril ; imputer aux dieux des adultères, des rixes et des haines , croire à des divinités de la fraude et du crime, c'est le comble de l'impudence. La révélation de la divinité, c'est le fait dos hommes travaillant pour l'humanité, en môme temps que le chemin de la gloire éternelle, où ont marché les héros de rancienne Rome et marchent encore actuellement, d'un pas surhumain, Vespasien et

ses fils, au secours du monde épuisé. C'est un antique usage de témoigner sa reconnaissance aux bienfaiteurs de l'humanité, en les mettant au rang des dieux. Généralementles noms des dieux, comme ceux des astres, sont empruntés aux hommes : comment, en effet, pourrait-il y avoir un registre de noms célestes? Est-il admissible que la puissance suprême, quelle qu'elle soit, prenne souci des choses humaines? peut-on s'imaginer qu'elle ne serait pas ravalée par les corvées multiples d'un aussi triste oftice? Comment décider s'il est plus utile au genre humain de nourrir ou non cette croyance, lorsqu'il est facile de voir qu'une partie des hommes ne s'inquiète nullement des dieux, tandis que l'autre croupit dans une superstition honteuse, ou est esclave de la crainte qu'ils lui inspirent? Pour rendre l'idée de la divinité plus incertaine encore, l'humanité a imaginé une puissance d'un caractère qui tient essentiellement le milieu entre les deux idées contraires que l'on se fait de la divinité : on adore comme telle la Fortune , mobile, errante, inconstante, incertaine et changeante, que la plupart des hommes regardent comme aveugle, qui est la patronne des indignes et qui, partant, n'est autre que le hasard même ^ Une autre partie de l'humanité repousse même la Fortune, rapporte tous les événements à leurs constellations, et croit à une détermination immuable, arrêtée par la divinité une fois pour toutes. Cette manière de voir a commencé à gagner du terrain, et une masse de gens instruits, ainsi que d'ignorants, y adhèrent volontiers et avec empressement. Puis, la croyance à des présages sans

1 L'auteur croit (avec Sillig) qu'au § 22 il faut lire « fors » plutôt que « sors ».

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