‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 81 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RULÏGTEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RULÏGTEUSE

nombre captive l'humanité, incapable de voir dans l'avenir, et la seule chose certaine, au milieu de tout cela, c'est qu'il n'y a rien de certain, et point d'être à la fois plus piteux et plus orgueilleux que l'homme. Les autres créatures ne connaissent que des besoins à la satisfaction desquels la nature, dans sa bonté, a libéralement pourvu, et elles n'ont pas l'idée de la mort. Pour la société cependant, il y a de Futilité, sans doute, dans la foi à une direction des choses humaines par les dieux, comme à ce que des châiiments suivent inévitablement les méfaits, ne fût-ce que tardivement, la divinité étant si occupée de tous les côtés. Il y en a de même à croire que l'homme ne saurait avoir été créé le plus semblable à Dieu, de tous les êtres, pour descendre au niveau des animaux. Pour le sentiment de l'imperfection de la nature humaine, il y a, d'autre part, une consolation toute particulière aussi à penser que Dieu non plus ne puisse pas tout. Ainsi, il ne peut pas se suicider, lors même qu'il le voudrait, d'où il suit qu'il est privé de la meilleure des facultés laissées à l'homme par la nature, au milieu des nombreux tourments de la vie; il ne peut pas conférer l'immortalité aux mortels, ni faire que celui qui a vécu n'ait point vécu, que celui qui a rempli des offices n'en ait pas rempli; en général, il n'a sur le passé d'autre pouvoir que celui d'oublier, et, pour avancer aussi des arguments plaisants, il ne peut faire que deux fois dix ne fassent pas vingt, ni mille autres choses semblables. Or, de tout cela résulte, de manière à ne permettre aucun doute, la puissance de la nature, le fait qu'elle est ce que l'on est convenu d'appeler Dieu. Telles étaient les opinions de Pline l'Ancien.

Bien que la négation des croyances populaires fût très-

IGG CIVILISATION ET MŒUIIS ROMAINES.

probablement, dans la plupart des cas, un effet direct ou indirect d'influences philosophiques, il y avait pourtant aussi des tendances philosophiques avec lesquelles ces croyances n'étaient pas seulement conciiiables, mais qui y trouvaient même un appui. Le stoïcisme dont, à cette époque, les effets s'étendaient peut-être plus loin que ceux d'aucun autre système, s'appliquait, dans sa théologie^ à réconcilier la foi avec la philosophie et à démontrer, scientifiquement^ la légitimité des droits de la religion du peuple : en distinguant du Dieu suprême, créateur et dominateur du monde, des dieux subalternes; de la puissance divine, considérée comme une unité répandue sur le tout, ses manifestations innombrables et leurs effets ; et en admettant de plus des démons, comme intermédiaires entre la divinité et l'humanité. Tout, dit Épictète, est rempli de dieux et de démons^ On écartait, par une interprétation allégorique artificielle, ce qu'il y avait de choquant dans la tradition légendaire. Gomme, en outre, la philosophie stoïcienne reconnaissait des manifestations continues des puissances divines, sous forme de l'envoi d'oracles, de présages, etc., il est permis d'admettre qu'une grande partie des adhérents du portique tenaient ferme, avec plus ou moins de rigueur, à la foi traditionnelle, et que les hommes d'instruction et de savoir de la catégorie deMarc-Aurèle, qui ne voulaient pas vivre dans un monde sans dieux ', donnaient à cette école la préférence sur les autres, parce qu'elle présentait une solution du conflit entre la raison et la foi.

Ainsi, pas même au premier siècle, les personnes

* Zeller, III, 1, 288 à 323, et 667.

2 Ibidem, HI, 1, G79.

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