LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
humaines ; en dernière ligne il y a les démons^, qui dirigent celles-ci en détail, comme gardiens et surveillants ^ Différant sur un point des autres platoniciens, Plutarque ne considère pas les démons comme nécessairement immortels; c'est sans y joindre l'expression du plus léger doute, et comme l'observation personnelle d'un homme digne de foi, qu'il raconte comment la nouvelle de la mort du grand Pan fut accueillie avec de vives exclamations de douleur par les démons ses collègues ; or, les philosophes de la cour de Tibère avaient dit que c'était, à leur avis, de Pan fils d'Hermès et de Pénélope qu'il s'agissait*. Les démons sont susceptibles d'éprouver du plaisir ou de la peine, comme aussi accessibles au mal ; c'est h eux que se rapportent les traditions d'enlèvements, de vagabondages, de retraites dans des cachettes, d'exils et de fonctions serviles imputés aux dieux ; toutes ces mésaventures et d'autres semblables, comme les souffrances d'Isis et d'Osiris, ne sont pas dans la destinée des dieux, mais dans celle des démons '. Ceux-ci portant, en général, les mêmes noms que les dieux auxquels ils sont adjoints, et desquels ils tiennent pouvoir et honneur, ont été ainsi confondus avec les dieux ; quelques démons cependant ont conservé leurs véritables noms *. Les démons méchants et terribles trouvent plaisir à un culte sombre et lugubre, et quand on y satisfait leur goût, ils cessent d'être malfaisants ; les démons ou génies bons et serviables, au contraire, faisant l'office de messagers et d'interprètes, portent, comme l'enseignait déjà Platon, les prières et les vœux des hommes chez les dieux, dans
' Plutarque, De fato, c. ix.
' J)cf. orac.f c. xvii.
» Ibidem, c. xv ; fsis et OsiriSf c. xxv.
♦ Ibidem, c. xxv.
les hautes régions célestes, et en rapportent les oracles et les bienfaits divins sur la terre*. Ainsi les démons descendent souvent de la région lunaire, pour gérer les oracles, participer à la célébration des mystères suprêmes, punir des forfaits^ apporter le salut au fort des périls de la guerre et des tempêtes maritimes; or quand, dans l'exercice de ces fonctions, ils se laissent déterminer par la colère, une préférence injuste ou l'envie, ils encourent la punition d'être précipités de nouveau sur la terre et refoulés dans des corps humains ^
C'est absolument dans le même sens qu'Apulée et Maxime de Tyr représentent les démons ou génies, comme les intermédiaires entre le monde des dieux et celui des humains. Suivant le premier de ces deux auteurs, la substance de leurs corps n'est ni terrestre ni purement éthérée, mais tient le milieu entre les deux. Aussi ne deviennent-ils visibles, pour les hommes, qu'exceptionnellement et du fait de leur propre volonté, comme la Minerve d'Homère apparaissait à Achille. Les poètes nous montrent, d'ailleurs, conformément à la vérité, dans l'observation des humeurs diverses, les démons aimant ou haïssant les hommes, les favorisant ou leur nuisant, éprouvant en conséquence de la pitié, du mécontentement, de l'inquiétude ou du plaisir, en général tous les sentiments humains, choses qui toutes sont inconciliables avec le calme, immuable à toute éternité, des dieux du ciel. Sur les différences dans l'impressionnabilité sensuelle des démons se fonde aussi, d'après Apulée, la diversité des cultes et des sacrifices. Selon leur nature, ils se complaisent dans des
' Isis et Osiris, c. xxvi (PJaton, Conviv., c. xxiii). ' Dcfac. in orbe lunœ, c. xxx.