‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 85 sur 241 · LIVRE XI. LÀ SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LÀ SITUATION RELIGIEUSE

chet d'une période dont l'état intellectuel tenait du réveil de la vie religieuse l'empreinte qui le caractérisait tout particulièrement. Des auteurs grecs de ce temps, à part Lucien, Galien, avec son panthéisme étayé d'idées stoïques, est le seul qui se soit complètement écarté de la foi populaire ; Dion de Pruse se rapproche déjà plus de celle-ci par sa croyance exempte de doutes à la divinité et, comme il paraît, même à la pluralité des dieux, ainsi qu'à leur action providentielle; car il avait même la conviction que les hommes qui pensent mal des choses divines ne peuvent être que des scélérats ^Tous les autres auteurs grecs se trou-vent placés sur le terrain d'une foi toute positive dans le polythéisme, malgré les différences dans la manière de le concevoir de chacun d'eux. L'esprit profondément religieux et pieux de Plutarque, dont toutes les vues tendent à la reconnaissance d'un monde supérieur; la foi de charbonnier de Pausanias, assurément sincère, bien qu'adoptée de parti pris et artificiellement maintenue par cet écrivain ; la foi inébranlable d'Artémidore aux miracles; la croyance plate et grossière de Maxime de Tyr au surnaturel; le mysticisme d'Aristide, poussé jusqu'aux limites de la folie : toutes ces tendances religieuses se rencontrent dans la foi à une providence, dérivant de l'action multiple d'un grand nombre de dieux. Il fallait que la foi aveugle et la superstition puérile fussent bien répandues, pour motiver une activité littéraire aussi hostile àla religion que le fut celle de l'infatigable Lucien, dont on ne saurait assurément pas considérer les attaques, sans cesse réitérées contre elle, comme une escrime de pure fantaisie contre

' Zcllcr, Histoire de la philosophie grecque^ 111, 1, 732 el738(enalleni.); Orelli, 39, p. 483 m f.

des fantômes. Il est encore moins permis de conclure à une indifférence générale pour la religion dont il se moquait, de ce qu'il n'essuya point de persécution. Bien que son persiflage dût, sans aucun doute, profondément blesser le sentiment religieux des croyants, il ne pouvait cependant leur paraître aussi condamnable que l'est, nécessairement, aux yeux des fidèles, celui d'une religion fondée sur une révélation; et, dans le paganisme, il n'y avait non-seulement point de dogmes, mais il n'y avait même pas d'église qui pût intervenir, au nom de la foi menacée, pour la protéger contre un tel agressseur. La Guerre des Dieux de Parny, qui surpasse les dialogues des dieux de Lucien en cynisme, par le sans-gêne avec lequel il bafoue ce qu'il y a de plus sacré, autant qu'en esprit, parut, il est vrai, en 1799, année antérieure à la restauration du catholicisme en France; mais, dans la suite non plus, aucune poursuite n'a été tentée contre ce livre; Fauteur devint en 1803 membre de l'Académie française, et il mourut en 1814, sans avoir subi la moindre persécution *.

Les empereurs du deuxième siècle ont, visiblement aussi, subi l'influence du courant qui dominait alors dans le mouvement des esprits, et favorisé celui-ci de leur côté, tant par leur propre exemple que par leur vive sollicitude pour le culte. Adrien se montra, même aux yeux d'un homme élevant, à cet égard^ d'aussi hautes prétentions que Pausanias, plein de ferveur dans sa vénération pour

' Ici, comme c'est la mythologie païenne qui est en cause, nous ne Voyons pas bien l'intérêt de l'Église catholique dans la persécution ^ outre que l'influence du clergé sur le gouvernement de l'État, de 1799 à 1814, était encore assez limitée en France, sous le premier Empire {Observation du traducteur).

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