‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 86 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

les dieux ^ Marc-Aurèle s'appliqua, en tout, à rester le digne élève d'Antonin le Pieux, dont il entendait notamment prendre pour modèle la piété, exempte de superstition, afin de pouvoir attendre sa dernière heure avec une conscience tout aussi tranquille ^ Lui-même, qui ne se souciait pas de vivre dans un monde sans dieux, semble avoir reconnu les dieux de toutes les nations comme aussi puissants et dignes de respect les uns que les autres. Afin de mieux faire ressortir la nature de cette vie religieuse, qui s'était ainsi réveillée de nouveau au deuxième siècle, nous croyons devoir mentionner quelques phénomènes particulièrement caractéristiques, et indiquant peut-être le degré de solidité extrême auquel puisse atteindre la foi. Claude Élien de Préneste composa, probablement vers la fin du deuxième siècle ^ en langue grecque, deux ouvrages traitant de la providence et des apparitions divines, et dont nous connaissons l'esprit par de nombreux fragments. Il s'appliqua à prouver, par un grand nombre d'histoires de miracles, d'oracles et d'autres révélations immédiates de la puissance divine, mais principalement de récompenses merveilleuses, échues à des hommes pieux et croyants, ou de prodigieux et terribles châtiments, infligés aux blasphémateurs et aux incrédules, que « ceux au dire desquels il n'y aurait pas, ici-bas, d'action providentielle de la divinité, sont plus déraisonnables que des enfants S). Dans ces histoires, il n'épargne

' Pausanias, I, 5, 5.

'' Marc-Antonin, Comment., W, 30; Histoire Auguste, Vie de Marc- Aurèle, ch. XIII.

^ Kiien, fragm. 29.

* Il mentionne la morl de Vérus, dans le fragment 206 ; éd. Ilerclier, IF, ?.bd.

pas aux contempteurs de la religion des apostrophes comme celle-ci : « Que dites-vous de cela, vous, qui croyez que la Providence erre en aveugle, ou n'est qu'une fable? » ni aux philosophes, ennemis de la foi, les témoignages de pitié ou les imprécations, lorsqu'il leur dit, parexemple : « 0 vous, Xénophane et Diagoras, Hippon, Épicure et consorts, avec toute votre séquelle de misérables exécrés de Dieu, soyez maudits ! » Ailleurs, le langage doucereux et onctueux de l'auteur affecte la pieuse simplicité du bon vieux temps. Quelques exemples suffiront pour en donner une idée. « Un certain Euphronius, homme de malheur, prit plaisir au bavardage d'Épicure et s'attira par là deux grands maux ; il tomba dans l'impiété et dans la scélératesse. » Cet homme gagna une maladie, une pneumonie, comme l'appellent les fils d'Esculape, et, souffrant beaucoup, il demanda d'abord le secours ordinaire de Fart aux médecins. Mais, ceux-ci ne pouvant rien contre les progrès de la maladie, comme on voyait le patient réduit à craindre le pire, les siens le transportèrent au temple d'Esculape. Là, s'étant endormi, il lui sembla, dans son sommeil, entendre un des prêtres disant : Pour cet homme, il n'y a qu'une voie de salut, un seul moyen de conjurer les maux qui l'accablent, c'est de brûler les livres d'Épicure , de pétrir avec de la cire humide la cendre de ces livres impies, sacrilèges et efféminés, puis de s'enduire le ventre, ainsi que la poitrine, de cette pâte, et de bien envelopper le tout de bandages. Le malade se hâta de confesser tout ce qu^il avait entendu à ses proches, dont les cœurs se remplirent de joie de ce qu'il n'avait pas été repoussé, avec dédain et mépris, par le dieu. Ainsi fut converti l'homme qui avait nié Dieu et qui devint, après sa guérison, un modèle constant de piété pour

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