‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 87 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

autrui '. On trouvait, dans ce livre, le récit d'un grand nombre de cures miraculeuses, opérées sur des gens pieux ou sur des impies, qui s'amendaient ensuite, avec l'accompagnement de considérations édifiantes, dans le genre de ce qui suit : « Aristarque de Tégée. le poëte tragique, était tombé malade; Esculape^ l'ayant guéri, lui commanda des actions de grâces, pour le remercier de sa convalescence, ce qui détermina, de la part du poëte, la dédicace de la pièce de théâtre qui a pour titre le nom du dieu. Or, comment se peut-il que les dieux demandent et acceptent une récompense, pour prix du rétablissement de la santé? eux qui, dans leur bonté philanthropique, nous comblent gratuitement de leurs bienfaits, en nous permettant de regarder le soleil, de participer, sans rémunération, à ce qui suffit à tout, la jouissance des splendeurs d'un aussi grand dieu; d'user de l'eau, ainsi que des productions innombrables et du secours multiple du feu qui nous aide au travail, comme aussi de tirer de l'air une partie de ce qui est nécessaire à notre subsistance? Ils ont donc uniquement en vue de nous rappeler leur volonté, que nous ne devons pas être ingrats ni oublieux, même dans les petites choses, et ils arrivent ainsi, effectivement, à nous rendre meilleurs *. » L'histoire suivante d'un coq de combat de Tanagre, blessé à une patte, peut servir à montrer jusqu'à 'quel point de niaiserie puérile la manie de voir partout des miracles pouvait égarer la foi, dans cette direction. « Le coq, » raconte Élien, « suivant une impulsion qui, selon moi, ne pouvait venir que d'Esculape, se mit à sautiller sur une jambe devant les assis-

' Elien, fragm. 8«J.

» Ibidem, loi.

tants, gens de qualité, et comme on chantait le matin un hymne à la louange du dieu, il se mit dans les rangs des chanteurs, comme si le coryphée lui avait assigné sa place parmi eux, et essaya, de son mieux, de les accompagner de son chant d'oiseau, en l'accordant parfaitement avec le chant des autres. Se tenant toujours sur une jambe, il étendait l'autre, endommagée et mutilée, comme pour rendre témoignage et avancer la preuve de ce qu'il avait souffert. C'est dans cette attitude qu'il chanta la louange de son sauveur, de toute la force de sa voix, et le supplia de lui rendre l'usage de sa patte. » Une révélation du dieu ayant ensuite amené sa guérison, on vit le même coq, «battant des ailes, allongeant le pas, dressant le cou et agitant sa crête, comme un guerrier superbe, proclamer l'action de la providence, qui plane au-dessus des créatures privées de raison \ » Aux contes, témoignant du salut qu'apportait la foi, étaient opposés les exemples des suites terribles que peuvent entraîner l'incrédulité et le sacrilège. On y voit comment un homme, qui avait regardé d'un œil de concupiscence des mystères auxquels il n'était pas initié, et qui était monté pour cela sur une pierre, en tomba et mourut de cette chute ^; comment un malheureux, énervé par la doctrine d'Épicure, ayant osé pénétrer dans le sanctuaire du temple d'Eleusis, dont l'accès n'était permis qu'à l'hiérophante, en fdt puni par une affreuse maladie, dont les souffrances furent tellement horribles qu'il ne fît plus que soupirer après le moment où son âme maudite pût être arrachée de son corps, moment qui se fit très-longtemps attendre ^; comment

" Elien, fr. 98.

2 Ibid., 43 ^ ïbid.. 10. .

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