‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 9 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

s'excluaient pas plus^ à Rome^ qu'auparavant à Alexandrie, et depuis à l'époque de la renaissance des humanités ; rien n'était plus ordinaire que d'y trouver, comme à ces deux époques, le poëte et l'érudit réunis dans la même personne, et Aristarque, en demeurant étranger à la poésie, faisait exception parmi les sommités philologiques d'Alexandrie. Il n'y a, dit le poëte dans Pétrone^, qu'un esprit fécondé par un puissant courant littéraire,- qui soit susceptible de concevoir et de procréer une œuvre poétique. L'éloge de l'érudition des poètes était un des hommages dont on était le plus prodigue à leur égard, non pas toutefois dans le sens que nous y attacherions aujourd'hui, mais dans celui de l'appréciation d'une connaissance parfaite de toutes les formes et de toutes les règles de Tart, acquise par l'étude des meilleurs modèles. Les plus anciens maîtres d'école de Rome, Ennius et Livius Andronicus, avaient été poëtes, et il n'était probablement pas rare^ même dans les temps postérieurs, d'en trouver encore qui réunissaient ces deux qualités. P. Valérius Gaton, gratifié du sobriquet de « la Sirène latine », et qui vécut dans les derniers temps de la république, passait surtout pour un excellent professeur, à Tusage de ceux qui s'appliquaient particulièrement à la poésie, vu qu'il ne se bornait pas à lire, c'est-à-dire à expliquer des poëtes, mais savait aussi en former. L. Mélissus, qu'Auguste nomma bibliothécaire de la bibliothèque du portique d'Octavie, était également poëte et inventeur d'un nouveau genre de comédie latine ^ Le père du poëte Stace avait remporté le prix dans des luttes poétiques, non-seulement à Naples, mais aussi en. Grèce ; il

• Satiricon, c. cxviii.

' Suétone, De gramni.t 11 et 21,

avait chanté l'incendie du Gapitole dans la guerre civile de l'année 69 de notre ère, et s'était proposé de faire le sujet d*un poëme de l'éruption du Vésuve, de Tannée 79, par laquelle les villes d'Herculanum et de Pompéji furent ensevelies ; il conseilla et guida son fils dans la composition de sa Thébaïde^.

Même sans y être engagés directement, les jeunes gens chez lesquels 4e sentiment et un certain talent de la forme étaient innés, devaient trouver, dans cette intensité d'application à la poésie, une excitation suffisante, pour tenter eux-mêmes des essais poétiques, et, selon toute apparence, les talents précQces, non-seulement n'étaient pas alors des exceptions comme aujourd'hui, mais se trouvaient être très-fréquents. On sait que, parmi ces talents précoces, figurait Ovide, que la muse, alors qu'il n'était encore qu'un enfant, avait déjà attiré contre son sein à la dérobée^ et chez lequel les vers coulaient de source longtemps avant qu'il eût pris la toge virile. Le premier duvet de la barbe venait seulement de poindre à son menton % quand il lut ses premières poésies en public. Properce commença ses essais poétiques après avoir endossé la toge virile ^ Virgile, à l'âge de seize ans, écrivit sa Mouche'*^ Lucain (né en 39 et mort en 6S) n'avait que quatorze ou quinze ans quand il composa son poëme d'iliacon, dont le sujet était identique avec celui des trois derniers chants de l'Iliade, et qui existait encore aune époque bien postérieure, ainsi qu'un poëme sur l'enfer {Catachthonion) ; à l'âge de vingt et un ans, il concourut, mais vainement, avec un panégyrique de

' Stace, Silves, V, 3, 133-145, 195-208,233-238.

2 Ovides, Tristes, IV, 10, 19-28, 57, etc.

3 Properce, V, 1, 133.

* Virgile, éd. Ribbeck (éd. minor.), Prolégomènes, p, XII.

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