‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 90 sur 241 · LIVRE XI. —LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. —LA SITUATION RELIGIEUSE

^ influence palpable sur la foi chrétienne de la masse des populations, dans l'Europe moderne. Les idées que le monothéisme, le panthéisme et l'athéisme font concevoir du monde, et dont les partisans avaient tous le verbe si haut, dans la littérature du premier siècle de notre ère, ne touchèrent pas à la foi du peuple dans ses anciens dieux, qui s'était consolidée par d'innombrables racines dans la vie spirituelle de millions d'hommes, ou du moins n'ébranlèrent pas cette foi. Elle persista malgré toutes les altérations et toutes les amplifications, malgré toutes les pertes, toutes les perturbations et tous les élargissements de la religion, en se reconstituant toujours dans ses deux formes principales, dont l'une, régnante dans les pays d'Orient, s'était développée dans les limites du monde hellénique, tandis que l'autre, qui s'étendait à l'Occident et dans le Nord, aussi loin que l'influence de la civilisation romaine, était dérivée d'un travail de mélange et de fusion d'éléments grecs et italiens, qui avait duré des siècles. Dans ces deux formes, le polythéisme se maintint, pendant près de cinq siècles, vis-à-vis du christianisme, qui finit par l'écraser dans cette lutte, sous le* poids d'une prépondérance accablante. Cependant, la longueur de la résistance du premier est une preuve suffisante de la vitalité, non encore affaiblie, de l'ancienne foi, dans la période qui nous occupe. Cette vitalité ne se manifesta pas moins dans l'adoption et l'assimilation d'un grand nombre d'éléments religieux, hétérogènes et même contradictoires, qui ne purent néanmoins ni en changer l'essence, ni en amener la dissolution et la décomposition. Le polythéisme prouva, enfin, qu'il n'avait pas cessé d'être une puissance vivante, par la constance d'une productivité toujours encore créatrice.

Il est vrai que l'on a voulu généralement, jusqu'à nos

jours, voir en même temps, dans cette adoption d'une masse , d'éléments religieux hétérogènes, un symptôme et la cause du déclin de la religion gréco-romaine; mais, pour justifier cette opinion, il faudrait prouver que la croyance aux anciens dieux avait été supprimée, ébranlée ou transformée, dans son essence la plus profonde, par la vénération nouvelle pour les dieux étrangers. Or, on ne découvre absolument rien de tout cela. Que le fait seul d'une augmentation du nombre des divinités, dans le système du polythéisme, doive y faire supposer une diminution de la foi , un affaiblissement de l'intensité des croyances, c'est ce que personne ne saurait assurément prétendre , pas plus qu'il n'y aurait lieu d'admettre que les canonisations nouvelles de l'Église catholique soient occasionnées par la disparition de la foi dans les anciens saints. Cependant il y a, certes, entre les cultes orientaux et le culte gréco-romain, un si profond contraste qu'ils paraissent très-difficilement susceptibles d'union. D'après notre manière de sentir, ceux-là ont, à côté de celui-ci, un air étrange et bizarre, en partie même quelque chose de monstrueux. Un contraste encore plus profond, en apparence, est celui qui existe entre les idées religieuses sur lesquelles sont fondés, de part et d'autre, le culte et ses pratiques. Les cérémonies mornes, lugubres et mystérieuses, l'extase mystique, le renoncement à soi-même et la dévotion sans bornes à la divinité, les privations et la pénitence comme conditions de la purification et de la consécration, tous ces éléments étaient, dans l'origine, aussi étrangers à la foi des Grecs et des Romains qu'ils sont profondément inhérents à l'essence la plus intime des religions de l'Orient. Ils forment le contraste le plus absolu avec le caractère bien défini de l'idée de Dieu, l'image claire

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