LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE
gnèrent nombre de partisans nouveaux, sous des noms divers, avec des cultes à formes non moins diverses. Or, bien qu'indubitablement, dans d'innombrables cas particuliers, les cultes nouveaux reléguassent les anciens dans l'ombre , de pareilles préférences , locales ou individuelles, de certaines divinités ne pouvaient, cependant, pas plus qu'en aucun autre temps, altérer pour la durée tout le corps de ce qui forme l'objet de la foi. Même les parliculiers, qui n'avaient pas, en général, la prétention de comprendre dans leur vénération tout le monde des dieux, mais la dirigeaient, d'une manière plus ou moins exclusive, sur certaines divinités seulement, pouvaient très-bien unir les cultes de la patrie avec les cultes étrangers, sans préjudice pour les premiers. Domitien était adorateur d'Isis et de Sérapis S auxquels il fit élever des temples à Rome; même à sa table, des pratiques superstitieuses, empruntées à l'étranger, frappaient les invités, suivant Pline le Jeune ^ Il n'en veilla pas pas moins, et même avec une impitoyable rigueur, à ce que la sainteté du culte traditionnel ne pût souffrir impunément la moindre atteinte V et Martial dit, à son éloge, que l'honneur des anciens temples était parfaitement sauvegardé, sous son règne*; ce qui n'empêchait pas que cet empereur n'eût aussi pour Minerve une vénération superstitieuse, « qui la lui faisait préférer aux autres divinités, notamment aussi à celles du Gapitole*. » Avec la transformation successive de l'état religieux,
' Marquardt» Manuel, IV, Si.
' Panégyrique, ch. il.
^ Suétone, Domitien, ch. viii.
« Martial, IX, 80, 5.
Suétone, Domitien, ch. x\ \ Dion Cassius, LXVII, 1.
l'idée de la superstition devait aussi continuellement varier. On comprenait, sous ce nom, toute erreur de foi reposant principalement sur une crainte exagérée de Dieu, mais notamment sur l'idolâtrie et la vénération de divinités étrangères non reconnues par l'État, comme étant réputées indignes de cet honneur. Il s'ensuit que l'idée de la superstition dut être en général, dans tous les temps, une idée non-seulement relative, mais aussi variable à l'infini, selon la manière dont chacun la concevait individuellement. Le culte des divinités égyptiennes , dont les premières traces remontent, à Rome, jusqu'au temps de la seconde guerre punique^, fut défendu, en Tan 58 avant Jésus-Christ^ comme une infâme superstition par le sénat, qui en fit renverser les autels; mais cette défense ne fit pas plus d'effet que, dans les années 53 et 48, l'intervention réitérée de l'État contrôles mêmes cultes, qui, à cette époque, pénétrèrent déjà jusqu'au Capitole'^; ou leur bannissement de Rome, par Agrippa, en l'an 2i avant Jésus-Christ, et la persécution de leurs adhérents, sous Tibère, en l'an 19 de notre ère^
Peu à peu, on perdit jusqu'au souvenir du temps où ces divinités étrangères n'étaient pas encore regardées comme les égales des divinités romaines. Minucius Félix appelle leur culte, ainsi que celui de Sérapis, un culte égyptien jadis, actuellement romain *.
De même que les cultes égyptiens, beaucoup d'autres cultes orientaux avaient été, d'abord, généralement méprisés comme des superstitions, puis arrivèrent, progres-
' Isiaci conjectures : Ennius dans Gicéron {Dio. l, 58).
2 c. I. L., 1034 (sac. Isid. Gapitolin).
3 Marquardt, IV, 85, etc.
^ Minucius Félix, Oc^afms, 21.