‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 93 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

sivement, à se faire accepter aussi dans des cercles de plus en plus étendus, sur le pied d'égalité avec les cultes nationaux, comme également fondés sur une tradition remontant à un temps immémorial. La durée d'une pareille naturalisation dépendait, sans doute, suivant les cas, des influences les plus diverses échappant en partie, il faut le dire, à tout calcul, mais en première ligne, très-certainement, du plus ou moins d'intimité, de continuité et d'importance des relations avec les adhérents de la religion étrangère. Au culte de Mithras, que les Romains n'apprirent à connaître que dans la guerre contre les pirates, c'est-à-dire un siècle et demi peut-être après les cultes égyptiens \ et qui parait avoir commencé à fleurir, à Rome, déjà sous Adrien et les Antonins% il a fallu probablement le même temps qu'aux cultes égyptiens, pour arriver au maximum de sa propagation. Si l'on admet pourtant qu'Origène ^ fût réellement fondé à qualifier les mystères de Mithras de culte obscur, en comparaison de l'autorité de ceux de l'Egypte, ce qui paraît très-contestable, cela peut s'expliquer par la circonstance que les rapports de l'Occident avec les pays d'origine du culte de Mithras n'étaient, même du temps de cet auteur, pas encore aussi animés que Tétaient, depuis deux siècles^ ses relations avec l'Egypte. Toujours est-il que beaucoup de cultes durent passer plus longtemps pour superstitieux, parce que l'on en trouvait les pratiques particulièrement étranges et bizarres, repoussantes ou ridicules. Plutarque, qui trouvait vénérables toutes les bizarreries du culte

' Mutarque, Pompée, cli. xxiv.

2 Prcller, Mythologie romaine, 758.

^ C. CeUum, VI, 23.

égyptien, méprisait, comme superstitieuses, une foule de pratiques des cultes de l'Asie^ notamment les frictions avec de la boue, la célébration du sabbat, la prostration du corps avec le visage contre terre, et d'autres exercices et tortures, discours et gestes, inspirés par la crainte des dieux, ainsi que les jongleries et sorcelleries de ces cultes, les courses vagabondes^ l'usage des timbales, les purifications et macérations malpropres , les châtiments barbares et illégaux, les invectives dans les temples ^ Ce qui contribuait, sans doute, essentiellement à cette appréciation différente, c'est qu'une habitude de plusieurs siècles avait ôté aux cultes égyptiens l'air d'étrangeté qui choquait encore dans certains autres, et, selon toute apparence, la différence d'appréciation d'après laquelle un culte étranger était traité de superstition méprisable ou de religion vénérable était, en grande partie, déterminée par le temps plus ou moins long depuis lequel il était connu. Auguste était plein de dévotion pour les cultes étrangers anciens et reconnus, comme les mystères d'Éleusis, tandis qu'il traitait avec mépris les autres, tels que celui du taureau Apis et le culte judaïque ^ Dans le cas de ce dernier, comme certainement dans d'autres encore, le peu d'estime que l'on faisait d'un peuple influait aussi sur l'appréciation de son culte. A bien plus forte raison, des Romains éclairés pouvaient-ils, sans le moindre scrupule, se moquer du culte d'un peuple barbare, inconnu et lointain. Un vétéran, dont Auguste fut l'hôte à Bologne, interrogé par ce prince s'il était vrai que l'auteur du premier pillage d'un temple de la déesse Anaïtis, adorée en

1 Plularque, Des superstitions^ 3 et 12.

2 Suétone, Auguste, ch. xciii.

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