‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 94 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

Arménie, dans la Gappadpce et en Médie, était mort aveugle et paralytique, n'hésita pas à répondre qu'il était lui-même Fauteur de ce pillage, que toute sa fortune en provenait et qu'une jambe de la déesse venait de fournir au repas servi à son auguste hôte \ Avec les progrès du mélange des nationalités, dans l'empire romain, s'étendit aussi, continuellement, le domaine des cultes étrangers, et se réduisit, dans le monde des croyants, le nombre des religions qui passaient pour n'être que des superstitions. Bien que la promiscuité des dieux n'atteignît son apogée qu'au troisième siècle, elle avait déjà fait de grands progrès vers le milieu du deuxième. Cependant, l'empereur Adrien, encore si plein de sollicitude pour les cultes romains et grecs, méprisait les cultes étrangers * ; il est vrai qu'on ne dit pas lesquels, et que ceux de l'Egypte ne devaient, dans aucun cas, se trouver compris dans cette catégorie. Mais au temps de Marc-Aurèle, qui, en présence de l'épouvante générale causée par la guerre avec les Marcomans, fit venir des prêtres de tous les pays, permit l'accomplissement de pratiques particulières aux cultes étrangers, et ordonna toute sorte de cérémonies religieuses à Rome, dans un but d'expiation % la ligne de démarcation qui existait entre les superstitions étrangères et la religion nationale, était déjà en majeure partie effacée, en Italie comme en Grèce.

Il est vrai que le mélange toujours croissant et de plus en plus bigarré de la « tourbe des dieux * », ne faisait que provoquer de jour en jour davantage la moquerie des

* Pline, Hist. nat.f XXXIII, «3.

« Vie d'Adrien, cli. xxii.

^ Vie de Marc-Antonin, cli. xiii. ' , iv<^. •

».luvcnal*.Sa^,XUI, 46.

incrédules. Lucien, surtout, a fait de la société mêlée du monde des dieux , à plusieurs reprises , Tobjet de ses plaisanteries. Dans une réunion des dieux, Mercure reçoit de Jupiter l'ordre de les classer d'après le mérite artistique et la valeur intrinsèque de leurs statues. Il arrive ainsi que, par suite de la préférence donnée aux statues d'or sur les statues de marbre, Bendis, Anubis, Atys, Mithras et un dieu asiatique de la Lune obtiennent les premières places*; tandis que, dans un banquet des dieux, Atyjs et Sabazius, « ces dieux douteux et attirés de l'étranger » , sont relégués au bout de la table, à côté de Pan et des Gorybantes ^ Une autre fois, les dieux délibèrent sur l'admission d'une foule de nouveaux intrus, à titres douteux. Momus demande la parole et donne son .avis sur les divinités orientales. La place de Mithras, avec son caftan de Mède et sa tiare, n'est pas sur l'Olympe, dit-il; ce dieu ne sait pas même le grec, et ne vous comprend pas quand vous l'invitez à boire. Les Égyptiens sont encore plus insupportables : Anubis, avec son affublement de toile fine et sa tête de chien qui aboie , le taureau Apis rendant des oracles, les ibis, les singes et les boucs surtout. Momus, considérant que tant de gens, sans légitimation et baragouinant, se sont faufilés parmi les dieux, que le nectar et l'ambroisie tirent à leur fin, et que le prix d'un pot du premier est déjà monté à une mine, par suite de la trop forte demande, puis que les dieux étrangers écartent effrontément tous les autres pour se mettre en avant, et dépossèdent les anciens dieux de leurs places, fait alors la motion d'instituer une commission de sept dieux d'une

^ Lucien^ Jup.tragœd., 7.

Le même, Icaromenipp., 27.

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