‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 95 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATIÔjV RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATIÔjV RELIGIEUSE

légitimité incontestable, pour procédera la légitimation de chacun de leurs collègues en particulier. Jupiter, prévoyant un vote contraire de la majorité, ne juge pas à propos de mettre aux voix cette motion, mais l'érigé simplement en décret, et enjoint à tous les dieux de se munir, pour cette vérification prochaine, des certificats nécessaires, indiquant les noms de leurs parents, le lieu de leur origine, comment ils sont arrivés à la divinité, etc. *.

On est souvent porté à croire que le sentiment duquel procédaient ces railleries, le sentiment des contradictions, de l'absurdité même qu'il y a dans cette confusion des cultes les plus hétérogènes, devait nécessairement avoir été très-répandu, au moins parmi les gens instruits du monde d'alors ; mais il n'existe aucun témoignage à l'appui de cette opinion, et la nature de l'état religieux de l'empire universel des Romains, telle qu'elle a pu être décrite jusqu'à présent, ne permet pas de l'admettre. L'impression que la considération de cet état fait sur nous ne coïncide entièrement atec celle qu'en reçurent Lucien et ses pareils que par une raison particulière : c'est qu'ils observaient ces phénomènes avec une aussi parfaite impartialité que nous-mêmes; c'est qu'à leurs yeux aussi les dieux grecs et barbares n'avaient guère plus de réalité les uns que les autres, et que la liberté de leur critique, vis-à-vis de ces productions du domaine de la mythologie, était entière et absolue. Mais les incrédules seuls sentaient et jugeaient comme eux, et les incrédules, selon toute apparence, ne formaient qu'une minorité, môme parmi les gens lettrés.

Les idées religieuses de Plutarque surtout montrent

* Lucien, Deorum ConcUium.

combien même les plus instruits parmi les croyants étaient peu ébranlés, dans leur foi nationale, par la promiscuité des dieux. Lui aussi, le prêtre de l'Apollon pythique *, avait pour les dieux de l'Egypte une vénération aussi profonde que pour ceux de la Grèce. Dans son écrhsuT Isis et Osiris^ adressé à une prétresse éminemment instruite d'Isis à Delphes, il déclare que les dieux sont partout les mêmes, c'est-à-dire des forces au service d'une puissance suprême qui gouverne le monde, appelées seulement d'un autre nom, et révérées d'une manière différente, par chaque peuple ^ Ainsi, Isis et ses collègues en divinité étaient de tout temps connues de tous les hommes, bien qu'une partie de ceux-ci n'eussent appris que depuis peu à les connaître aussi sous leurs noms égyptiens ^ Du reste, Plutarque regardait ces noms aussi comme d'origine grecque et importés en Egypte par des immigrants grecs. Hésiode, en plaçant après le chaos l'Amour, la Terre et le Tartare en première ligne, au-dessus de toutes choses, lui paraissait avoir entendu désigner par là Osiris, Isis et Typhon '\ L'origine de la doctrine enseignant que le monde n'est gouverné ni par un hasard aveugle, ni par une raison suprême exclusivement, mais qu'il l'est par beaucoup de puissances, offrant un mélange de bien et de mal, est inconnue et se perd dans la nuit des temps; mais sa haute antiquité est, en même temps que la concordance de la tradition de cette doctrine, chez les philosophes, les poètes, les théologiens et les législateurs, ainsi que dans

• Plutarque, Qu. conv. VII, 2, 2, 1. — Herzberg, Histoire de la Grèce sous les Romains, II, 166.

2 Plutarque, De Is. et Os.^ 67.

3 Ibidem, 66.

4 Ibidem, 57.

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