‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 97 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

et dans les tragédies. Il y avait plus : ces dieux étaient aussi, de toutes les divinités du monde, les plus humains, ceux vers lesquels le cœur humain se sentait attiré de la manière la plus irrésistible. Ce n'étaient pas eux qui se transformaient, dans l'imagination des croyants, en dieux barbares; c'étaient plutôt les dieux barbares qui empruntaient plus ou moins de la personnalité, en grande partie même les noms des dieux gréco -romains. Le Mithras et l'Élagabale d'Émèse devinrent le Soleil, l'Astarté de Garthage, tantôt une « Vierge céleste », tantôt une « Junon céleste », les dieux d'Héliopolis et de Dolique, un Jupiter pour les Romains; et les habitants romains des domaines jadis phéniciens de la Numidie et de la Maurétanie adressaient leurs prières, même publiquement, jusqu'au deuxième siècle, à ce qu'il paraît, à Moloch, ce dieu affreux auquel^ d'après l'affirmation deTertullien, on continuait toujours encore, en secret, à sacrifier des enfants \ comme « au sublime dispensateur des fruits de Saturne», ou «à l'invincible dieu Saturne'». Or, si le polythéisme gréco-romain avait encore la force de s'assimiler les dieux antiques et vénérables des pays d'Orient, foyers primitifs de toute civilisation, rien ne devait être plus facile que cette assimilation quand il s'agissait des dieux

' Porphyre, De abstinentia, II, 27, p. 149, etc., éd. Rhœr. — Tertullien, Apol., ch. ix : Infantes pênes Africam immolabantur palam usque ad proconsulatum Tiberii, qui ipsos sacerdotes in eisdem arboribus lempli sui obumbratricibus scelerum volivis crucibus exposait teste militia patriœ nostro;, quo; id Ipsum munus illi proconsuli functa est. Sed et nunc in occulto persévérait hoc sacrum facinus. — Selon toute apparence, le proconsulat de ce Tibère (?) était assez récent, et les soldats exécuteurs de ses ordres, dans le crucifiement des prêtres, vivaient encore au temps de Terlullien.

* llenzen, Iscr. deW Algeria, A, d. f., 18G0, p. 83, etc.

incultes et obscurs de pays à demi ou entièrement barbares. Nombre de monuments, dans l'île de Bretagne, la Germanie, la Pannonie, les Gaules, l'Espagne, l'Afrique, montrent que, dans ces contrées, les colons, fonctionnaires^ marchands et soldats romains s'associaient, avec beaucoup de ferveur, aux cultes des divinités locales, qui ne s'étendaient que rarement au-delà des limites du ressortde leur province ou district, bien qu'ils fussent sans doute, môme en dehors de celles-là, les cultes d'origine ou d'adoption de maintes personnes. Ainsi, par exemple, Caracalla, dans ses prières pour le recouvrement de sa santé, invoquait, à côté d'Esculape et de Sérapis, aussi Apollon Grannus ^ Il est vrai que les Romains, dans les provinces, se contentaient souvent de révérer les dieux barbares, sans s'inquiéter beaucoup de leurs noms ou de leur essence. Ainsi ils adoraient « le grand dieu des Numides » ou « les dieux maures », ou bien ils invoquaient ces dieux sous les noms usités dans le pays, comme Auzius, Bacace, Aulisua ", dieux connus par les monuments de l'Algérie, ou Laburus, Latobius, etc., figurant sur des inscriptions en pierre de la Pannonie. Mais il arrivait pourtant aussi, très-souvent, que l'on crût reconnaître, dans ces dieux barbares, les dieux indigènes, dont les noms venaient alors s'accoler à des noms malsonnants par leur étrangeté , ou d'une prononciation trop difficile pour des bouches romaines, ou même se substituer tout simplement à ces derniers dans l'usage. Le

* Dion Cassius, LXXVII, 15.

^ Henzen, 1. c.,p. 82. — Tertullien, Apol., ch. xxiv : Unicuique etiam provincise et civitati suus deus est, ut Syria; Atergatis, ut Arabise Dusares, ut Noricis Belenus, ut Africae Caelestis, ut Mauretaniae Reguli sui.

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