LIVRE VI. — LKS SPECTACLES
tion qui ne fut probablement pas remplie suivant le désir de l'auteur de la mesure. Les prix décernés aux vainqueurs, dans les concours ouverts entre les artistes de la scène, consistaient également en or ou autres objets précieux, notamment en couronnes d*or, bien que Ton en donnât aussi de cuivre, peint avec du fiel de bœuf. Vespasien, aux spectacles qu'il donna pour inaugurer la restauration de la scène du théâtre de Marcellus, ne fit présent à aucun des artistes, qui y coopérèrent, de moins de 40,000 sesterces, indépendamment de beaucoup de couronnes d'or. Au tragédien Apollinaire il fit même don de 400,000 sesterces 2. Il faut croire, d'après cela, que les acteurs en renom et en faveur avaient ordinairement de la fortune. Pylade, par exemple, était si riche qu'il put, dans sa vieillesse, donner lui-même des spectacles à Rome^ (en l'an 752 de la fondation de cette ville). Un mime, Vitalis, dit de lui-même dans un distique '* :
Hic ego prsevalui tota notissimus urbe,
Hinc mihi larga domus, hinc mihi census crat.
Les acteurs les plus fêtés appartenaient souvent, comme on l'a déjà dit, à la maison impériale, et jouissaient, par cette raison déjà, d'une considération générale ; ils avaient assez souvent aussi, les pantomimes surtout, la faveur des empereurs et des impératrices. Le tragédien Apelle jouit pendant quelque temps de celle de Caligula; le beau pantomime Mnester, dont ce prince était passionnément épris, la conserva même jusqu'à la mort de son maître; puis il
1 Pline, Hist. nat., XXXIV, 94.
2 Suétone, Vespasien, chap. xix.
3 Dion Cassius, LV, 10.
4 Meyer, Anthol. lat., II, p. 89, n» lt73, v. 3.
devint, à son corps défendant, l'amant de Messaline, qui le tint éloigné du théâtre et tit fondre des statues en son honneur, avec l'or provenant de la fonte des monnaies frappées sous le règne de Galigula. Il fut mis à mort, en môme temps qu'elle, l'an 48 de notre ère ^ Le pantomime Paris, compagnon des déhanches de Néron, jouissait auprès de ce prince d'une si haute faveur que non-seulement il osa diriger une accusation contre l'impératrice mère, mais échappa à toute punition , quand Agrippine obtint le châtiment de ses autres accusateurs ^, Il réclama de son ancienne maîtresse, Domitia, tante paternelle de l'empereur, la restitution d'une somme de 10,000 sesterces, qu'il lui avait payée pour son affranchissement, en alléguant ensuite, pour motiver sa demande, qu'elle Tavait illégalement possédé comme esclave. Il était de notoriété générale qu'il ne gagna son procès, en 56 de notre ère, que sur l'intimation formelle d'un ordre souverain^. Mais, onze ans plus tard, Néron le fit périr, parce que ce prince, tenant à briller lui-même dans l'art de la danse, redoutait dans Paris, son maître en cet art, un rival dangereux ^.
Parmi les favoris de Domitien figurait le mime Latinus ^ Cependant cet empereur fît assassiner, par jalousie, le plus célèbre pantomime du temps, qui, suivant la coutume des artistes de l'époque d'adopter les noms de célèbres devanciers^, s'appelait aussi Paris et possédait la faveur de sa femme Domitia. La rumeur publique rattacha plus tard
1 Voir t. I, p. 110 et 379.
■^ Tacite, Annales, X\\\, 19-22.
'•'> Digeste, XII, 4, 3, g 5. — Tacite, Annales, chap. xxvii.
^ Dion Çassius, LXIII, 18. — Suétone, Néron, chap. liv.
* Voir tome I, p. 113.
'^ Voir à ce sujet l'annexe n*' 4.