‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 190 sur 265 · LIVRE VII. — LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES VOYAGES

La mauvaise réputation des douaniers, percepteurs ou publicains, comme on les appelait, est devenue proverbiale, et elle pouvait être méritée; cependant, la nature de leurs fonctions est telle qu'ils ont toujours à craindre de ne pouvoir, même en procédant réglementairement, éviter de mécontenter les voyageurs. Nous en voulons aux douaniers, dit Plutarque, non de visiter les marchandises qui leur sont présentées, mais de fouiller dans les bagages, pour s'assurer qu'ils ne renferment pas de marchandises cachées; et cependant la loi le leur permet, et s'ils négligent de le faire, ils ont à en pâtir ^.

L'insécurité des routes, même les plus passantes, était, pour les voyageurs, un mal pire que les tracasseries et les exactions des publicains, ou les friponneries des aubergistes. Les attaques de brigands, à main armée, n'avaient jamais été rares en Italie même, ni, à plus forte raison , dans les provinces 2, les plus reculées et les pays de montagnes surtout, malgré toutes les mesures que l'on prenait pour y obviera II y avait, surtout en Sardaigne, de ces bandes de brigands , contre lesquelles Tibère , comme on l'a déjà vu , envoya les Juifs qu'il avait bannis de Rome*. Strabon en mentionne également en Corse, en Pamphylie et

libro XIV, ad edictum) : Ait Preetor : nautœ, caupones, stabularii, quod cujusque salvum fore receperint, nisi restituent, in eos judicium dabo. — Voir aussi Digeste, XLVII, 2. 14, g 17, et 5, g 6.

1 Plutarque, De curiositate, chap. vu, p. 518. — Quintilien, Declam., 359.

2 Varron, R. R., I, 16, 2 : Multos enim agros egregios colère non expedit propter latrocinia vicinorum; ut in Sardinia quosdam qui sunt prope Ce1iem(?) et in Hispania prope Lusitaniam.

3 Tertullien, Apolog., c. ii : Latronibus investigandis per universas provincias militarls statio sortitur. — Voir aussi Code Théodosien, I, 55, 6 (édit de l'an 392).

* Tacite, Annales, II, 85.

en Pisidie^ Les voyageurs prudents se ralliaient volontiers, sur les routes peu sûres, à l'escorte de quelque fonctionnaire supérieur, ambassadeur, questeur ou proconsul^. En Italie, l'époque de la plus grande insécurité fut naturellement celle qui suivit immédiatement les guerres civiles^. Des brigands, en nombre et armés, ne craignaient pas, à cette époque, de se montrer publiquement partout, et il n'y avait rien de plus périlleux que de faire de nuit le voyage de Rome à Tibur"* , jusqu'à ce qu'Auguste résolut d'y mettre ordre, par l'établissement d'un cordon de postes militaires^, mesure que Tibère, prenant tout particulièrement à tâche de rétablir la sécurité, crut devoir remettre en vigueur, en multipliant encore le nombre des postes^. Les malfaiteurs que l'on parvenait à saisir expiaient leurs forfaits dans des supplices, dont la forme était aggravée pour eux. On les faisait , notamment, déchirer par les bêtes féroces , et on attachait leurs corps au gibet et à la croix ^, sur le théâtre même de leurs crimes, pour l'exemple comme pour la consolation de ceux qui avaient des victimes à pleurer. Cependant, il fut impossible d'extirper le mal^. La nuit, pendant laquelle on voyageait, du reste.

1 Strabon, V, p. 224, etc.; XII, 7, p. 570, et 8, p. 574.

2 Épictète, Dissert., IV, 1, 91.

3 Appien, fieW. civ., V, 132.

i Properce, III, 16,

^ Suétone, Auguste, chap. xxxii.

« Le même, Tibère, chap. xlvii.

7 Digeste, XLVIII, 19, 28, g 15. — Pétrone, c. m : Cum intérim imperator provinciae latrones jussit crucibus adfigi.

8 Pline, H. IS., VIII, 144 : Apud nos Volcatium nobilem (?), qui Cascellium jus civile docuit, asturcone e suburbano redeuntem cum advesperavisset canis a grassatore défendit; item Cœlium eenatorem œgrum Placentiœ ab armatis oppressum, nec prius ille vulneratus est quam cane interempto.

Page 1