LIVRE VII. — LES VOYAGES
ordinairement avec des torches \ quiconque portait avec soi des objets de prix était dans une appréhension continuelle de glaives et d'épieux, et tremblait devant l'ombre des roseaux agités par le vent, au clair de la lune^. Le jour même , des bandes à cheval avaient l'audace d'enlever les troupeaux des pâturages ^ Les endroits les plus mal famés furent toujours les marais Pontins et la forêt de broussailles, sablonneuse et longue de plusieurs milles, dite Gallinaria^ près de Cumes, dans la Basse-Itahe, où les capitaines des navires de Sextus Pompée avaient organisé des bandes de brigands, pendant la guerre avec les triumvirs^.
Les envois de troupes, ordonnés de temps en temps contre les bandes qui infestaient ces lieux , ne servaient qu'à les faire déguerpir pour le moment, en les poussant vers d'autres localités et surtout à Rome même ^ Les guerres
i Notes de Casaubon à Suétone, César, chap. xxxi. — Ovide décrit ainsi le crépuscule du soir :
Semustamque facem vigilata nocte viator Ponet et ad solitum rusticus ibit opus.
Fastes y IV, 167.
Ut facibus sepes ardent, quas forte vialor Vel nimis admovit, vel jam sub luce reliquit.
Métamorph., I, 493.
2 Juvénal, X, 20, etc.
3 Marcus César écrivait en 143 à Fronton [Epist. ad M. Cœs., II, 13) : Ut pater meus a vineis domum se recepit, ego solito meo more equum inscendi et in viam profectus sum et paululum provectus. Deinde ibi in via sic oves conglobatae adstabant ut locus solitarius (sic) et duo pastores et canes quatuor, sed nihil prseterea. Tum pastor unus ad alterum pastorem, postquam plusculos équités vidit : vide tibi istos équités, inquit ; nam illi soient maximas rapinaliones facere. — Digeste^ XIX, 5, 20, g 1 : Mulœ a grassatoribus ablatœ.
* Strabon, V, 4, 4, p. 243 C.
^ Juvénal, IIÏ, 305, etc.
intestines et les troubles favorisèrent naturellement le plus ce brigandage; mais, d'autres causes y contribuèrent aussi. Quand Septime Sévère eut cessé de lever les soldats de sa garde prétorienne principalement en Italie, comme cela s'est fait jusque-là, la jeunesse propre au métier des armes, nous l'avons déjà dit ailleurs, se rejeta en masse sur la gladiature et le brigandage ^ Vers la fin de son règne, un chef de bande, Félix BuUa, à la tête de 600 brigands, rançonnait toute l'Italie, où il se maintint deux ans, bravant toutes les poursuites des troupes envoyées contre lui. Ce que l'on rapporte de traits témoignant de son audace, de ses ruses et de sa générosité, ainsi que des intelligences qu'il avait partout, rappelle nos histoires populaires de bandits modernes; trahi par une maîtresse , il finit dans l'arène ^,
1 Dion Cassius,LXXIV, 2.
2 Idem., LXXVI, 10. — Une inscription trouvée à côté de lare de triomphe de Septime -Sévère (Gruter, 109, 3) paraît se rapporter à l'organisation et au succès des expéditions militaires que ce prince envoya contre les brigands.